Description historique
François Renault (1937-2024), pionnier de l’ethnologie et du patrimoine maritime en Normandie, a examiné ce modèle de bateau en 1996 au dépôt de la Conservation des antiquités et objets d’art de la Manche à la Maison de l’ange de Saint-André-de-Bohon. Il en a dressé les plans de formes et plans de gréement et a décrit le bateau dans un document manuscrit (archives DRAC Normandie) : « 3-mâts de commerce, milieu 19e. Ce modèle est à l’évidence un travail de matelot, « fait de chic », c’est-à-dire à l’œil. C’est l’un de ces nombreux voiliers en bois construits à partir des années 1850 et qui ont sillonné les mers jusqu’à l’arrivée des grands voiliers métalliques à 3, 4 ou 5 mâts mesurant autour de 100 m de long et transportant jusqu’à 3 ou 4000 tonnes de fret. Notre petit modèle réalisé à une échelle assez proche du 1/200e ne mesurait que 40 ou 50 m et ne chargeait guère plus de 600 à 700 tonnes. C’est un 3-mâts carré, navire assez rapide mais nécessitant un équipage relativement important. Est-ce vraiment un ex-voto, ou du moins a-t-il été construit dans ce but ? Rien ne permet de l’affirmer. Ce type de petit modèle était couramment construit à bord. Leurs dimensions modestes permettaient un transport relativement facile dans le sac du matelot, qui l’offrait à son débarquement, à l’« hôtesse » qui le logeait à terre, à sa famille, à un ami… ou pour payer une dette. Ce style de modèle était très souvent construit par les matelots le dimanche, sous les latitudes calmes. Cela donnait lieu à une certaine émulation entre les « constructeurs » travaillant assis à plat pont. C’est un peu un modèle sentimental. Seul le lieu où est conservé ce bateau permet de penser à un but votif. Il est évidemment possible que le don ait été fait à la suite d’un vœu tardif et discret comme beaucoup de ces charmants modèles qui nous font rêver. Description : La coque est en pommier – l’acajou était souvent utilisé – et elle est en mauvais état, les vers ayant un goût marqué pour cette variété de bois. La coutume des matelots d’utiliser l’os pour les détails est ici très visible. Les ponts, listons, hunes, cabestans, panneaux, rouffles décorés par traits de lime, tableau arrière, jusqu’à une étrange figure de proue, sont en os. La perle joue souvent un rôle de décor ou de poulie pour le gréement. Ici, les poulies et cap-de-moutons sont en bois, mais les perles sont utilisées pour matérialiser les rambardes de la dunette, avec un certain « luxe » évoquant le décor de la partie arrière réservée à la maistrance. Il n’y a pas d’embarcation, mais la disposition de l’aménagement des ponts est bien stylisée. Y a-t-il eu des ancres ?... Le gréement très délabré est bien représenté, bien que la mature soit un peu surdimensionnée. La restauration indispensable de ce modèle va, sans doute, apporter quelques modifications au plan. Celui-ci sera en effet repris selon la découverte éventuelle de manœuvres qu’il n’a pas été possible de « déchiffrer » dans le fouillé du gréement. Il est à noter que les huniers sont divisés en deux, c’est-à-dire hunier fixe et hunier volant, mais que les perroquets sont simples. Cela signifie que l’évolution n’était pas encore totalement faite et que ce gréement est plutôt celui d’un voilier du début des années 1850. »