Description historique
Si le char M3 et ses dérivés avaient assez vite montré leurs insuffisances, il était tentant, sur la base de leur châssis, d'extrapoler un engin blindé chargé de soutenir les éléments de reconnaissance. D'où la mise au point de l'obusier automoteur M8. Les obusiers automoteurs type M8 seront construits à 1778 exemplaires par les usines Cadillac de Detroit (Michigan) entre le début de l'année 1942 et l'arrêt de leur production, au mois de février 1944 (à titre de comparaison, le char de combat Sherman sera construit à 49230 exemplaires). Si certains de ces véhicules blindés semblent avoir combattu sur le front du Pacifique, leur principal terrain d'utilisation sera la Normandie où un nombre conséquent parvient en France suite au Débarquement du 6 juin 1944. Ils équipent les unités américaines mais aussi les unités françaises.£Rattaché au 1er Régiment de marche des Spahis marocains / 4ème escadron intégré à la 2ème DB, l'obusier automoteur BREIZ ATAO (Bretagne toujours) débarque à Utah Beach à Saint-Martin-de-Varreville le 3 août 1944. Il est rebaptisé EDITH en l'honneur d'une personne instituée comme marraine rencontrée lors de la libération de Neuilly-sur-Seine. Son équipage est formé du maréchal des logis Le Fustec, chef de char, du brigadier-chef René Charton, tireur, du brigadier Robert Derocle, chargeur, du pilote Jean Le Moign et de l'aide-pilote Norbert Pottier. Il est détruit par une charge de panzer faust (arme portative anti-char allemande) lors de l'approche de l'agglomération d'Andelot-Blancheville, près de Chaumont (52), en soutenant une mission de reconnaissance mené par l'aspirant Jehan Dunoyer de Segonzac. L'équipage parvient à évacuer et à se mettre à l'abri, à l'exception du brigadier Derocle, éjecté sur la chaussée et qui succombera sous les balles ennemies. Face à cette résistance, le peloton est contraint de battre en retraite dans des conditions difficiles avant de revenir à la charge le lendemain et d'emporter la décision face aux troupes allemandes. Ces deux jours de combat pour la libération d'Andelot auront coûté la vie à neuf soldats français.£L'épave du char EDITH est rachetée par la commune aux domaines de l'État pour une somme de 20 francs dès 1947. Il sera exposé tout d'abord derrière l'église avant de trouver place en septembre 1971 à la sortie du village d'Andelot sur la route de Neufchâteau où il est érigé en monument commémoratif départemental de la libération du territoire par la 2ème Division blindée. Une borne, la première implantée, indique l'itinéraire emprunté par la 2e DB lors de la Libération. Y sont rappelés le serment de Koufra (citadelle du Sahara libyen, qui engage les combattants à ne cesser le combat qu'après avoir libéré Strasbourg et Metz) et le débarquement sur la plage de Varreville. Les noms des 9 soldats français, des 2e DB, 13e Génie, 501e Régiment et 111e Régiment de marche du Tchad, décédés pour la libération d'Andelot, sont gravés sur une plaque disposée au pied du char.£De manière paradoxale, alors que ce véhicule n'a pas été construit en un nombre important par rapport aux standards américains, les exemplaires survivants sont relativement nombreux : en France, le musée des blindés à Saumur conserve trois spécimens de ce modèle, l'un restauré et exposé, les deux autres en état passable en réserve. Un quatrième M8 est préservé en état de marche par l'association de collectionneurs Ardennes 1944 à Deville (08), un cinquième, en état de présentation, au camp militaire de Canjuers (83) et un sixième, toujours en état de présentation statique, dans un musée privé d'Azay-le-Rideau (37). À ces exemplaires plus ou moins complets s'ajoutent deux épaves stockées, l'une au musée août 1944 de Falaise (14), l'autre à Wantzenau (67) par une association pour la préservation du patrimoine militaire. Ce qui nous donnerait un total de neuf exemplaires sur le territoire français. À l'étranger, cinq obusiers automoteurs M8 seraient conservés au x USA, un au Mexique et un autre à Taiwan. Il est également possible que quelques exemplaires aient survécu au Vietnam puisqu'ils équipaient l'armée sud-vietnamienne qui les avait reçus de l'armée française.