Personne morale créatrice de l'objet
Société des forges et chantiers de la Méditerranée (chantier naval)
Description historique
Apparus outre-Manche au 18e siècle, les bateaux-feux – navires équipés d’un feu en haut du mât – sont destinés à tenir un poste fixe en mer pour signaler aux navires les dangers, dans des zones de bancs de sable où il n’est pas possible de construire un phare en maçonnerie. En France, il s’agit notamment de l’estuaire de la Gironde, du plateau de Rochebonne, des Minquiers, du détroit du Pas-de-Calais et de l’estuaire de la Seine face au Havre. Malgré une certaine réticence du service des Phares et balises à adopter l’usage de bateaux-feux, 27 unités sont construites entre 1845 et 1948. On leur donne habituellement le nom du banc de sable auquel ils sont affectés (Dyck, Sandettié, Ruytingen, Bassurelle, etc.), puis ils sont rebaptisés au gré de leurs changements d’affectation. Pour assurer leur mission de signalisation, les bateaux-feux étaient armés de deux équipages de huit hommes se relayant tous les quinze jours. En 1912, la Société des forges et chantiers de la Méditerranée de Graville livre au service des Phares et balises deux bateaux-feux (Le Havre et son « rechange » la Hève) destinés à assurer la signalisation face au Havre, à sept milles au sud du cap de la Hève. En 1935, le même chantier naval est chargé de construire une nouvelle unité, le Dyck (devenu Havre III), pour le balisage des bancs de Flandre. Malgré l’innovation de la motorisation, il constitue le dernier représentant de l’ancienne génération de bateaux-feux avec une carène encore profonde, inspirée de la conception navale du début du siècle. Dans les années qui suivent, le Sandettié (1937) et le Ruytingen (1938), deux autres unités construites dans le même chantier du Havre, incarnent la nouvelle génération de bateaux-feux à la carène plus ronde stabilisée par des quilles antiroulis. Cependant, la flotte française des bateaux-feux est presque entièrement détruite lors de la Seconde Guerre mondiale : le Ruytingen est coulé par l’aviation allemande devant Dunkerque dès 1940 et le Sandettié saute sur une mine à La Rochelle en 1942. Après-guerre, deux nouveaux bateaux-feux sont commandés à la Société des forges et chantiers de la Méditerranée (le BF 6 dit Sandettié et le BF 7 dit Bassurelle) et rejoignent les bancs de Flandre en 1949. Le Dyck (1935), seul bâtiment récent encore disponible au lendemain de la guerre, est réparé et modifié pour être affecté au Havre en 1949, aux côtés de l’ancien bateau-feu le Havre (1912) qui lui sert de doublure. Désormais rebaptisé Havre (ou Havre III), il reste à ce poste en baie de Seine jusqu’en 1981, année de son remplacement par une bouée-phare. Racheté en 1986 par la ville du Havre, il est cédé deux ans plus tard au Centre culturel maritime du Havre, qui devient l’association musée maritime et portuaire du Havre. Après le déclassement et le ferraillage à Dunkerque de l’ancien bateau-feu le Havre de 1912 (PM59000518) qui lui servait de doublure, le bateau-feu Havre III (1935) est aujourd’hui le plus ancien conservé en France. La nouvelle (et dernière) génération de bateaux-feux est quant à elle incarnée par le BF 6 (1949) dit Sandettié, classé au titre des monuments historiques (PM59001680) et intégré dans le parcours du musée maritime et portuaire de Dunkerque. Un bateau-feu d'origine britannique est également conservé en France : le Scarweather (1947), construit par le chantier Philip and Son à Dartmouth (Royaume-Uni) et pièce emblématique du port-musée de Douarnenez.