Description de l'iconographie
Le triptyque comporte, à l’identique d’un retable, un panneau central en longueur représentant le Sermon proprement dit et, sur les deux volets latéraux, une partie de l’assistance plus éloignée de la scène principale. L’action principale se déroule sur un fond de paysage aux collines peintes de différentes nuances de bleu et de vert, dans des tons froids bruts, scandé, derrière le Christ, d’arbres schématiquement dessinés d’un tronc marron surmonté d’un simple ovale vert. Des branches effeuillées ornent les angles supérieurs de la composition, formant des sortes
d’écoinçons, et trois arbres morts, sur la gauche, semblent évoquer par leurs silhouettes des menorahs. L’impression que cette scène se passe sur une très haute montagne est confirmée par la trouée à droite où des nuages blancs (très proches, dans leur structure, des représentations
japonaises) semblent recouvrir une vallée bleu clair. Le Christ, portant longs cheveux et barbe, est vêtu d’une tunique blanche et tend sa main droite vers un groupe de personnes assis à sa droite.
Son chef est ceint d’une auréole d’un brun-jaune éteint, couleur que l’on retrouve dans les sols sablonneux à droite et le long du bord inférieur. Jésus est très légèrement décalé vers la droite par rapport au centre de la composition. Devant lui, se trouve un groupe de trois vieillards barbus
assis sur un rocher qui portent leurs regards vers un second groupe assis plus bas composé d’un jeune homme imberbe et de deux femmes alignés en rang d’oignons, les têtes penchées vers le sol comme n’osant regarder en face l’orateur. Les hommes portent des tuniques claires, beiges ou
bleu ciel et les femmes des robes et des voiles gris et gris bleu plus soutenus. Devant eux, vêtue d’une sorte de silice jaune à manches courtes, est agenouillée une femme aux longs cheveux blonds qui semble évoquer Marie-Madeleine à laquelle le Christ semble s’adresser directement, comme une évocation du « Noli me tangere ». Le groupe de droite, assis en demi-cercle sur un monticule marron avec des nuances de vert, est constitué de trois hommes à cheveux longs et barbes et de trois femmes aux têtes recouvertes d’un voile. Ils sont en majorité vêtus d’habits beige-rosé, sauf l’homme de face au fond et une des femmes dont les vêtements sont bleus. Au premier plan à droite, se trouve un homme brun barbu portant un long manteau lui couvrant la
tête, tenant de ses deux mains une houlette ; à ses pieds se trouve un buisson de fleurs blanches.
Le décor du panneau de gauche est la prolongation de celui du centre avec sa vallée noyée de nuages laissant apercevoir des collines bleues au loin et au second plan. Le sol du premier plan est, dans les mêmes tonalités, la prolongation du sommet en une pente évoquant le début d’un versant. Un arbre noir sans feuillage, au premier plan droit, vient tout à la fois stabiliser la scène par sa verticalité et former une transition picturale avec la scène centrale où l’on retrouve ses branches dans les écoinçons. Les personnages qui se trouvent inscrits dans ce paysage sont
disposés en V : un groupe de trois femmes à gauche dont deux (l’une tournant le dos au « spectateur ») s’appuient sur les cannes qui les ont aidées lors de l’ascension et, du côté droit, deux femmes dont l’une porte un bébé dans ses bras, debout devant un jeune homme imberbe
agenouillé sur le sol, se grattant le pied de la main droite, presque appuyé sur le tronc de l’arbre.
Trois femmes arborent des manteaux allant du gris-bleu très clair au bleu, les autres figures portant des teintes allant du blanc rosé au beige. Les femmes, comme dans la scène principale, ont un voile sur les cheveux, détail que l’on retrouve pour celles du panneau à senestre. Ce dernier
comporte trois personnages féminins : deux debout à droite, vêtus de bleu et de blanc cassé et un assis au pied d’un arbre sans feuillage qui fait pendant à celui du volet de gauche ; son aspect, comme celui des arbres de l’arrière-plan, évoquent aussi une menourah. Les deux femmes de
droite semblent converser alors que celle assise entre l’arbre et le buisson de fleurs, toute de blanc vêtue, semble méditer, tête baissée et bras reposant sur les cuisses. Toutes se trouvent sur un sol qui semble constitué de roches de différentes couleurs. L’arrière-plan, où se retrouve au fond la vallée embrumée, s’enrichit d’une prairie au vert assez lumineux, les rochers entremêlant bleus, verts et ocres rouges. Si le panneau central a conservé un cadre en bois brut, les volets n’en
possèdent plus. L’ensemble est très harmonieux et serein, bien loin de la violence de l’exhortation de Jésus chez Matthieu. Les hommes barbus qui l’entourent sont sans doute ses disciples et les autres personnages la foule curieuse mentionnée par Matthieu.
S’il y a une évidente influence des peintres nabis dans l’utilisation, en opposition forte, des couleurs, la douceur des coloris et la composition renvoient au travail de Puvis de Chavannes queles Brewster appréciaient particulièrement. L’utilisation des différentes nuances de bleu n’est pas
sans rappeler par ailleurs le travail d’Alphonse Osbert (1857-1839).