Tableau
Tableau : Rencontre de saint Germain et sainte Geneviève
Île-de-France ; Essonne (91) ; Saint-Germain-lès-Corbeil ; église Saint-Vincent-Saint-Germain
91553
Saint-Germain-lès-Corbeil
Église Saint-Vincent-Saint-Germain
PA91000272
Dans la nef de l'église, 1ère travée.
Peinture
Toile (support) : peinture à l'huile
Saint Germain ; évêque ; bénédiction ; sainte Geneviève ; agenouillé ; prière ; pain ; homme ; enfant
Saint Germain d'Auxerre bénissant sainte Geneviève lors de son passage à Nanterre ; sainte Geneviève agenouillée aux pieds de l'évêque a les mains jointes. Illustration des débuts de la légende de la sainte (423-512) : remarquée lors d'un office célébré à Nanterre par Germain, évêque d'Auxerre, la future sainte apparaît ici à une étape antérieure aux nombreux miracles qu'on lui attribue, de la renonciation d'Attila à attaquer Paris grâce à ses prières à l'entrée de Clovis dans Paris une fois sa conversion au christianisme opérée par saint Rémi. Cette oeuvre est typique de la facture néo-classique du XVIIIe siècle, marquée par un certain académisme dans l'exécution des personnages et du décor architectural , elle s'inscrit dans le genre en vogue dans le 1er quart du XIXe siècle, la peinture d'histoire, en reprenant la mythologie hagiographique des premiers temps de l'histoire de France chrétienne. Empruntant largement à ses deux maîtres sans en avoir cependant la dextérité ni l'originalité, Isabelle Pinson développe ici un art fait de formes ronds et souples alliées à une exécution ferme et des coloris assez tranchés, tout en conservant une atmosphère sereine (mais que le sujet traité ne peut permettre de qualifier de souriante) ; à mi-chemin donc entre la manière très personnelle d'un Regnault, combinant fluidité des formes, velouté et sensualité des modelés, et formant ainsi un univers raffiné, parfois traité de façon un peu mièvre dans les oeuvres les moins réussies, et celle d'un Vincent, caractérisé par une exécution très ferme, des formes très robustes et des coloris très vifs, conférant à sa production un aspect à la fois réaliste et sévère. L'intérêt de ce tableau tient précisément à cette combinaison très subtile et réussie de ces deux genres, la grande peinture d'histoire, illustrée par David, et le genre dit anecdotique ou peinture de troubadour : certes ici, le décor n'emprunte rien au Moyen Age ni à l'architecture gothique, mais le traitement très réaliste voire prosaïque des personnages comme la mise en scène (l'architecture n'apparaissant qu'en arrière-plan, sorte de détail meublant le fond du tableau) ramène toutefois à l'atmosphère caractéristique des peintures de genre ; l'exécution des physionomies n'est pas sans rappeler les personnages peints par François-André Vincent, notamment la figure de la sainte et celle de la jeune fille tenant la corbeille aux côtés de saint Germain, tandis que le mendiant et la vieille femme renvoient aux personnages antiques que l'on peut trouver chez Jacques Louis David ; les personnages situés derrière saint Germain et la figure de ce dernier, renvoient à la facture de Jean-Baptiste Regnault, par leur aspect glacé et quelque peu impersonnel, et rappellent aussi l'aspect moraliste que l'on peut rencontrer dans les oeuvres de Vincent. A souligner encore la belle harmonie chromatique, centrée sur des tons chauds (bruns clair et foncé, vert sombre, architecture au second plan) et illuminée par la blancheur des voilages portés par la sainte et les tuniques de saint Germain et des enfants qui l'accompagnent ; à remarquer notamment le travail superbe sur les effets de transparence de ces tissus.
H = 162 ; la = 127
Oeuvre restaurée
Oeuvre restaurée en 1995.
Signature ; date
Signé et daté en partie centrale : Isabelle Pinson, 1821 née Proteau.
1er quart 19e siècle
1821
Tableau signé Isabelle Pinson (1774 ?-1855), propriétaire à Saint-Germain-les-Corbeil. Portraitiste et peintre de genre, Isabelle Pinson fut l'élève de deux grands peintres d'histoire fort prisés au début du XIXe siècle, François-André Vincent (1746-1816) et Jean-Baptiste Regnault (1754-1829) peintre académique et néoclassique, Grand Prix de Rome en 1776 et membre de l'Académie des Beaux-Arts en 1782 : leurs ateliers furent en effet parmi les plus fréquentés de la capitale durant la Révolution et l'Empire, après celui de David, la plupart de leurs élèves pratiquant un néo-classicisme moins sévère que celui des davidiens, recherchant des thèmes peu traités et adaptant un répertoire de formes tiré de leurs maîtres. Citons parmi ces élèves prolixes Charles-Paul Landon, Charles Meynier, François-Edouard Picot, Pierre-Narcisse Guérin, auteurs entre autres de nombreux plafonds et autres éléments décoratifs pour les palais royaux. Elle exposa au salon des artistes vivants de 1796 à 1812 mais laisse une oeuvre assez peu documentée et peu visible de nos jours : en dehors du Saint Jérôme de l'église de Saint-Paul (Oise), réalisé au XVIIIe siècle à la demande des abbesses de Saint-Paul ou des portraits de Pierre-Noël Famin (château de Versailles) ou de la Marquise de Goron (musée des Beaux-Arts de Rouen). Ses oeuvres demeurent rares et méconnues. Elle vivait vraisemblablement à Paris et à Saint-Germain-lès-Corbeil, partageant son temps entre ces deux villes jusqu'au décès de son mari, après lequel elle parut se fixer en Essonne. Cette oeuvre constitue un remarquable exemple de la peinture mêlant genres historique et anecdotique du début du XIXe siècle, dans l'ombre tutélaire de David dont les leçons furent explorées avec ferveur et renouvelées par les peintres des plus célèbres de cette période et leurs suiveurs, parmi lesquels ont retrouve Isabelle Pinson, dont la très modeste postérité et la production souvent jugée en creux par rapport à celles de contemporains plus renommés (Guérin, Picot) ne doit pas faire négliger le talent.
Propriété de la commune
Inscrit au titre objet
1990/07/25 : inscrit au titre objet
Rosenberg, Pierre (dir.), La peinture française, Mengès, Paris, 2001. Allard, Sébastien, Le Louvre à l'époque romantique. Les décors du palais (1815-1835), Lyon, Fage, Paris, Musée du Louvre, 2006.
Laurence Mayeur (conservateur des antiquités et objets d'art de l'Essonne) : dossier de récolement 2004 ; 2W91 (fiche de pré-inventaire n°8) ; sources archivistiques DPAM 91 : 8V1 (séparation de l'Eglise et de l'Etat : inventaire des biens mobiliers 1906-1907) ; recensement de la population de Saint-Germain-lès-Corbeil, 1817 et 1836
Dossier individuel