Lieu de provenance
lieu de provenance : Île-de-France, 91, Bruyères-le-Châtel, château de Morionville (chapelle)
Description historique
Les gisants de Bruyères-le-Châtel, fragilisés par leurs déplacements et une première restauration maladroite, sont l'unique représentation statuaire funéraire du XVe siècle connue à ce jour en Essonne. Qualité esthétique et finesse d'exécution. On peut rapprocher ces gisants de celui d'Anne de Bretagne, sculpté par Guillaume Vluten avant 1444 (conservé au musée du Louvre), à la fois par leurs dimensions et la position. Le château dit de Morionville fut édifié au XVIIIe siècle, sur l'emplacement de l'ancien fief des moines blancs (religieux appartenant à l'ordre de Cîteaux, qui adoptèrent l'habit blanc au XIe siècle, à la suite de l'apparition de la Vierge à saint Albéric), dépendant de l'abbaye des Vaux de Cernay jusqu'au XVIe siècle. Au XVIIIe siècle (vers 1750), l'abbé Lebeuf remarque dans la chapelle du collatéral sud, trois statues : celle d'un homme et à chacun de ses côtés, celle d'une femme. Les épitaphes sur le tombeau permettent de les identifier comme étant d'une part le gisant de Marguerite de Bruyères, dame des Bordes et héritière de la seigneurie de Bruyères, épouse de Guillaume des Bordes (chancelier du roi, mort en 1396), qui décéda en 1420. D'autre part le gisant de Jacqueline de Beauvais, épouse de Jean des Bordes, fils du précédent et châtelain de Beauvais, qui décéda en 1413. Et enfin le gisant de Jean de Bordes. Marguerite de Bruyères, qui survécut à son mari et à son fils, demanda dans son testament (1416) à ce que sa tombe fût érigée dans la chapelle Notre-Dame de l'église Saint-Didier, et que celles de son fils et de sa belle-fille soient aussi ramenées. A la fin du XIXe siècle, le baron de Guilhermy retrouve sous le porche de l'église les fragments de deux gisants de femmes : le gisant de Jehan de Bordes a disparu, et la grande dalle recouvrant le tombeau transportée dans le choeur au pied de l'autel. Les mutilations (martèlement des visages et des mains) attestent l'origine révolutionnaire de la destruction. Après ce témoignage, la trace des gisants se perd ; à une date inconnue, les statues funéraires ont été restaurées (maladroitement) et transportées dans la chapelle du château de Morionville, propriété de la famille de Ferrières, dont le dernier héritier direct meurt en 1944. En 1972, la société Vitakraft -nouvel acquéreur du domaine - détruisit le château pour y édifier une usine moderne. Seuls subsistèrent des bâtiments anciens les communs, le choeur de la chapelle et la poterne d'entrée du château. En 2004, la société Vitakraft, souhaitant se débarrasser des deux gisants conservés dans la chapelle, établit un acte de donation en faveur de la commune, permettant ainsi leur retour dans l'église Saint-Didier.