Alors que la renommée d'Honoré de Balzac est grandissante, ce dernier se rapproche du sculpteur David d'Angers : « Grande nouvelle ! J'ai dîné chez Victor Hugo, qui me prévenait que le dîner était pour m'aboucher avec notre illustre sculpteur David, qui veut faire mon buste colossal en marbre pour le joindre à ceux de Chateaubriand, de Victor Hugo, de Lamartine, de Goethe, de Cooper » (Balzac à Mme Hanska, 21 novembre 1842, LHB, t. I, p. 618). Le romancier lui offre en 1842 les premiers volumes de "La Comédie humaine" avec dédicace de sa main. Le destinataire accuse réception et promet de se surpasser lorsque viendra pour lui le moment de présenter ses travaux : « J'ai reçu avec bien de la reconnaissance les belles oeuvres que vous avez bien voulu m'envoyer. Bientôt je tâcherai de rendre par le bronze et le marbre mon admiration pour votre puissant génie » (David d'Angers à Balzac, fin novembre ou décembre 1842, Corr. Pl., t. III, 42-146, p. 97). David d'Angers semble alors avoir pris l'initiative de réaliser, sans le concours de l'intéressé, un premier médaillon de Balzac en buste, de face, inspiré du portrait de Louis Boulanger. L'année suivante, en 1843, il réalise un second médaillon d'un Balzac de profil. Ce projet est documenté par la réalisation d'un dessin préparatoire (conservé à la Maison de Balzac à Paris qui conserve également la copie réduite de ce dessin, exécutée à l'initiative de Balzac pour Mme Hanska) dont l'expression sereine d'un visage idéalisé plait à Balzac : « David a donné à ma soeur le profil qu'il a dessiné pour ma médaille, c'est un chef-d'oeuvre » (Balzac à Mme Hanska, 1er février 1843, LHB, t. I, p. 645). En guise de reconnaissance, Balzac dédie "Le Curé de Tours" au statuaire. Puis, en novembre 1843, il lui offre le manuscrit et les épreuves corrigées de "La Femme supérieure" avec ces mots écrits de sa main : « Il n'y a pas que les sculpteurs qui piochent ». Cela correspond au moment où Balzac accorde à David d'Angers une dizaine de séances de poses (du 13 novembre au 3 décembre 1843) pour qu'il puisse réaliser son buste colossal : « Vous serez stupéfaite en voyant la tête olympienne que David a su tirer de ma grosse face de bouledogue » dit-il à Mme Hanska (Balzac à Mme Hanska, 3 décembre 1843, LHB, t. I, p. 734). Le buste en marbre est livré au domicile de Balzac en janvier 1845 (exemplaire conservé à la Maison de Balzac à Paris). Il sera refusé au Salon de 1845 à cause de la dédicace gravée sur le socle, contraire au règlement : "À son ami de Balzac. P.J. David d'Angers. 1844". Christian Galantaris, dans son ouvrage "Balzac, qui êtes-vous ? Le physique et les portraits du romancier" (éd. Ipagine, 2018, p. 210-211) donne ces précisions : "129. DAVID D'ANGERS [...] Le second médaillon de David représentant Balzac, modelé par l'artiste d'après le dessin qu'il avait offert à Laure Surville. On apprend par une lettre de David à son modèle que le fondeur est Michelli (sic), rue Guénégaud. L'artiste y joint quelques lignes de recommandation : "Elles vous serviront à vous procurer tous les médaillons que vous désirez". (Fin janvier ou début février 1843). Il est probable que Balzac en ait commandé quelques-uns pour des proches, sa mère, sa soeur Laure Surville et pour Mme Hanska à qui il écrit le 19 mars 1843 : "... Je vais essayer de vous envoyer par Souverain qui sera censé vous l'envoyer par Bellizard, la Monographie [de la presse parisienne] et le bronze de David..."L'exemplaire de Balzac, encadré en chêne, est signalé dans l'inventaire détaillé du contenu de son hôtel de la rue Fortunée. Au verso Mme de Balzac a porté plus tard un ex-dono autographe au sculpteur Just Becquet (élève de Rude, 1829-1907). Par la suite il est passé chez Marcel Bouteron (catalogue de vente Collection M. Bouteron, Paris, 1963, n°4) où il a été acquis par le musée Balzac de Saché. D'autres épreuves en tirage d'époque sont conservées : musée Carnavalet ; Institut de France (collection Lovenjoul) ; collection Christian Galantaris. Balzac ayant voulu dédommager David des frais entraînés par la fonte du médaillon, le statuaire lui répond : "Vous me feriez beaucoup de peine si vous me parliez encore de petits frais qu'a nécessité votre médaillon, c'est une misère à laquelle je vous supplie de ne plus penser" (février 1843). Les deux médaillons de 1842 et de 1843 ont été redessinés, gravés sur métal et tirés sur papier (Les médaillons de David d'Angers, Paris, Lahure, 1867. - B.N.F Estampes, Fa. 50, petit folio). " ;