Ministère
de la Culture
POP | Plateforme ouverte du patrimoineIntérieur au balcon
Intérieur au balcon
Référence de la notice
07200001975
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
20 novembre 2005
Date de mise à jour
23 février 2026
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
2004.3.1
Domaine
Dénomination
Titre
Intérieur au balcon
Précisions sur l'auteur
Fontenay-aux-Roses, 1867 ; Le Cannet, 1947
École (pays)
France
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1919
Époque
Post-Impressionnisme
Historique
C'est en découvrant le midi en juin 1909, lors d'un séjour chez son ami Manguin à Saint- Tropez que Bonnard est saisi par l'éblouissement de la lumière méditerranéenne: ' J'ai eu un coup des mille et une nuit. La mer, les murs jaunes, les reflets aussi colorés que les lumières... '(1). Dès lors, sa couleur se libère et envahit les toiles en un papillonnement coloré. Il y revient l'année suivante et rencontre Signac à Saint-Tropez et Renoir à Cagnes. Désormais Bonnard retourne presque chaque hiver dans le sud de la France. Le climat est tout à fait favorable à la santé fragile de son épouse et modèle, Marthe, et il peut, en même temps, poursuivre ses recherches sur la lumière. Il séjourne à Grasse en 1912, à Cannes (en 1914, 1917 et 1922), à Antibes en 1918 et finit par acheter le 27 février 1926, une maison au Cannet, qu'il baptise Le Bosquet. Il y fait de longs séjours jusqu'à sa mort en 1947. Peint dans la salle à manger de la villa qu'il loue à Antibes en décembre 1918, Intérieur au balcon nous introduit dans l'intimité d'un lieu familier avec cette table dressée au bord d'une fenêtre ouverte sur le bleu de la Méditerranée. Dans ces années de guerre, Bonnard vient de passer une période douloureuse de doute et de questionnement. Au moment où le cubisme annonce une désintégration de la forme, il va comme par réaction recentrer son travail sur la composition et le dessin. De nombreuses esquisses au crayon conservées à la Tate Gallery à Londres ont précédé et saisi en quelques lignes les montants de la fenêtre et les rondeurs de la balustrade en pierre. Un dessin qui croque la sensation, l'instantané du moment avec une ligne démultipliée et vibrante. Avec un point de vue différent, trois autres peintures vont être réalisées à partir de ce lieu en cette année 1919- Fenêtre ouverte sur la mer (D976), Intérieur clair, Antibes (D980), la plus monumentale étant Le Bol de lait conservé à la Tate Gallery à Londres. Dans Intérieur au balcon le cadrage se resserre autour de la fenêtre et de l'intensité lumineuse qui en émane. Le temps semble suspendu, arrêté. Le soleil du midi frappe la pierre du balcon et son rayon par la fenêtre entrouverte vient se poser sur le plateau en bois. Le scintillement de la lumière irise d'un jaune doré les bols, assiette et plat disposés sur la table. Un petit animal, pékinois ou chaton, immobile, se blotti sur la table auprès du vase cylindrique garni d'une branche d'oranger. Bonnard possède de nombreux bassets et chats qui, auprès de sa femme participent dans ses toiles à l'intimité de la vie familiale. La structure géométrique de la fenêtre qui, dans Le Bol de lait, organise les jeux d'ombre et de lumière de la table va ici trouver écho dans le damier brun et blanc grisé du tissu posé sur celle-ci. La fenêtre s'ouvre sur de la couleur pure plus que sur un paysage. Le bleu lumineux de la mer envahit doucement l'espace intérieur et teinte la nappe et le plateau de reflets. Les teintes chaudes des boiseries de la fenêtre sont renforcées dans l'angle par les bruns modulés de l'accolade du fauteuil et du visage d'une jeune femme au regard perdu dans la contemplation de l'étendue marine. La vie extérieure trouve son expression dans la barque au pêcheur à peine esquissée dans le lointain. Bonnard rythme sa composition dans une alternance de zones lumineuses et de zones sombres, presque noires. Il notera dans son journal le 4 mai 1929 vouloir ' rendre possible des couleurs fortes dans la lumière par le noir. ' Il ose le contre-jour faisant vibrer l'intensité de la lumière du soleil en se protégeant de ses rayons directs. Une composition centrifuge qui rejette le sujet dans l'angle de la toile et qui crée une vision afocale en plans successifs. Bonnard disait que ' pour commencer un tableau, il faut qu'il y ait un vide au milieu ' En ne représentant que le profil de la jeune femme, probablement Marthe, il suggère une part de mystère et laisse notre imagination percevoir ce qui nous échappe. C'est Marth e encore qui est représentée dans Le Bol de lait, figure hiératique, monumentale, en contre-jour à côté de la source lumineuse de la fenêtre. Ce motif de la fenêtre apparaît dès 1909 dans l'oeuvre de Bonnard, dans La Porte ouverte (D572). Déjà ici la composition s'ordonne autour de la table dressée devant une fenêtre ouverte sur le paysage. Dans les années 30 et jusqu'à sa mort en 1947 au Cannet, il peindra de nombreuses compositions où l'on retrouve cette dualité entre l'intimité d'un univers privé et l'horizon illimité du monde extérieur dans un lyrisme de couleurs jamais atteint. Dans Intérieur blanc (D1497) du musée de Grenoble qui représente le salon de sa villa au Cannet qu'il peindra en jaune ou en gris, il mêle l'intériorité familière et une perspective lointaine sur la campagne alentour. Poète de l'intime et de l'objet, il ne cessera de transcender par sa peinture les instants simples et heureux, leur donnant l'éternité, véritables icônes baignées d'une chaude lumière. ' Il ne s'agit pas de rendre la vie, il s'agit de rendre vivante la peinture. ' résume Bonnard. Dans Intérieur au balcon, la fenêtre symbolise le processus contemplatif implicite à l'acte de peindre mais également la solitude au monde et une profonde méditation intérieure. Elle est aussi le vecteur de l'éblouissement des peintres face aux couleurs lumières de la côte méditerranéenne. Ce thème de l'embrasure de la fenêtre sera le fruit de recherches variées chez Dufy dans sa série des ateliers, dans les vues du port de Marseille de Marquet mais également chez Matisse qui le premier en 1914 organisera son tableau en trois bandes verticales colorées à la limite de l'abstraction dans la Porte-fenêtre à Collioure. (Géraldine Lefebvre) (1) Lettre de Pierre Bonnard ' à sa mère ' publiée en fac-similé dans Correspondances, Tériade, 1944.
Localisation
Le Havre ; musée Malraux