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POP | Plateforme ouverte du patrimoinePlage de la Vignasse, les Iles d'Or
Plage de la Vignasse, les Iles d'Or

Référence de la notice
07200002006
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
20 novembre 2005
Date de mise à jour
23 février 2026
Crédits photographiques
© KLEINEFENN
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
2004.3.32
Domaine
Dénomination
Titre
Plage de la Vignasse, les Iles d'Or
Précisions sur l'auteur
Douai (Nord), 1856 ; Saint-Clair (Lavandou, Var), 1910
École (pays)
France
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1891 vers
Genèse
objet en rapport
Historique
en rapport avec : Les Iles d'Or.
L'année 1891, marquée par la mort de Seurat, est décisive dans la vie et l'oeuvre d'Henri-Edmond Cross. Au salon des Indépendants dont il est devenu le vice-président, il présente un grand portrait de Madame Hector France (Paris, musée d'Orsay), véritable manifeste de son adhésion au groupe des néo-impressionnistes. Cette même année, souffrant de rhumatismes, Cross quitte Paris pour s'installer dans le Var, à Cabasson où il loue la ' Maison perdue '. Un an plus tard, il se fait construire une maison à Saint-Clair, près du Lavandou, se rapprochant de son ami Signac qui est à Saint-Tropez. D'emblée il est ébloui par la beauté du paysage qui s'offre à ses yeux depuis chez lui, les plages où ' le sable jaune et fin étincelle sous la lumière '.(1) C'est le long de ces plages ensoleillées qu'il puisera son inspiration et qu'il peindra ses oeuvres les plus pures. La Plage de la Vignasse fait partie des cinq tableaux présentés aux Indépendants l'année suivante avec La Plage de Baigne-cul, la Calanque des Antibois, La Pointe de la Galère et Vendanges, fruits de ses premières recherches sur la décomposition des touches colorées par la lumière. Dans sa correspondance avec Signac, Cross accompagne ses réflexions, ses doutes et ses tâtonnements de petits dessins à la plume. La simplicité du motif apparaît accompagnée d'une courte évocation du tableau en cours d'élaboration : ' C'est vous dire cependant que je crois avoir fait un pas vers les charmes de la pure lumière [2] Un premier plan parsemé d'immortelles et d'herbe-la mer mauve avec le reflet du soleil vers les quatre heures de l'après-midi en été- ciel orangé très pâle. '2. Cross semble satisfait de son travail puisqu'il présentera ces oeuvres par la suite à la première exposition néo-impressionniste en 1892 et aux salons des XX à Bruxelles en 1893. Dans La plage de la Vignasse, la mer est baignée ' d'une blondeur exquise '. Le pointillé rond et régulier fait vibrer les couleurs complémentaires ; les ombres mauves des buissons se fondent dans les roses et ors de l'étendue sablonneuse au premier plan. Les îles de Porquerolles et Port Cros, surnommées ' les îles d'or ' depuis la Renaissance se devinent à peine dans le lointain, la lumière disloquant formes et contours dans un scintillement coloré. La ligne d'horizon est rejetée dans la partie supérieure de la toile, donnant de l'ampleur à sa composition. On ressent très nettement une inspiration venue de l'estampe japonaise dans l'horizon relevé, ainsi que dans le dépouillement et la stylisation du motif. Cela est encore plus marqué dans Les Iles d'Or, oeuvre conservée au Musée d'Orsay et datée de la même année 1891(ill.). Cross se concentre sur l'étendue marine, les jeux de lumière sur l'eau et les îles, se libérant du sujet pour tendre vers une abstraction presque totale. La lumière frappe l'étendue sablonneuse au premier plan et la mer s'obscurci dans le lointain. Le mouvement du ressac sur le sable est évoqué par l'alignement de petits points blonds en forme de parenthèse. La profondeur est rendue par un pointillé qui va en se rétrécissant vers l'horizon. ' Pendant vingt ans, Cross s'essaye à créer du soleil. Ayant beaucoup regardé, beaucoup réfléchi, multiplié les expériences, ayant été jusqu'au bout des théories, il en vint à substituer de plus en plus les jeux de la couleur aux jeux de la lumière. '(3) Dès les années 1893-94, un changement s'opère, la touche se libère et va en s'élargissant. Cross et Signac mettent au point une nouvelle phase du Néo-impressionnisme dans une volonté d'atteindre une intensité chromatique plus marquée. Les contrastes de couleurs pures vont être plus soutenus perdant toute identité avec le réel pour laisser s'épanouir l'imaginaire. Cross introduit des figures inspirées de l'Antiquité au sein d'un paysage idéalisé dans l'esprit de Puvis de Chavanne. Ses grandes compositions allégoriques (L'Air du soir, 1894, musée d'Orsay) sont la vision d'un âge d'or, d'une harmonie entre l'homme et la Nature. Eugène Druet est le premier marchand à montrer l'oeuvre d'Henri-Edmond Cross dès 1905 dans sa galerie du Faubourg Saint Honoré à travers une exposition rétrospective de trente huiles et trente aquarelles. Le poète et ami Paul Verhaeren préface le catalogue. C'est un grand succès puisque neuf toiles et vingt- quatre aquarelles sont acquises à l'issue de l'exposition. Dès 1906, la ville du Havre expose, lors de la première exposition du Cercle de l'Art Moderne, deux oeuvres de Cross parmi lesquelles une marine peinte en Provence. En 1937, la galerie Bernheim-Jeune présente une rétrospective des oeuvres de Cross parmi lesquelles sept peintures dont La Plage de la Vignasse et six aquarelles appartenant à Olivier Senn. (Géraldine Lefebvre)
(1) Lettre de Cross à Paul Signac, fin 1891, in cat.exp. Douai, 1998, p.32.
(2) Lettre de Cross à Signac, fin 1891, Archives Signac.
(3) Maurice Denis, Préface de l'exposition Henri-Edmond Cross, Bernheim-Jeune, 1907,1937.
Localisation
Le Havre ; musée Malraux