Ministère
de la Culture
POP | Plateforme ouverte du patrimoineBougival
Bougival
Référence de la notice
07200002009
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
20 novembre 2005
Date de mise à jour
23 février 2026
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
2004.3.35
Domaine
Dénomination
Titre
Bougival
Auteur
Précisions sur l'auteur
DERAIN : Chatou, 1880/06/10 ; Garches, 1954/09/10
École (pays)
France
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1904 vers
Époque
Fauvisme
Historique
En 1895, Derain s'initie à la peinture, auprès du père Jacomin, un peintre local, qui connut Cézanne. Il fait du paysage, exclusivement pour lui, à Chatou et dans la campagne environnante. ' L'école buissonnière était quotidienne et absolue. Mes journées se passaient au Musée du Louvre, parfois à la campagne où entre deux parties de vélo ou de canot, on travaillait allègrement le paysage '(1) . Le 18 juillet 1900, il fait la connaissance de Vlaminck, qui devient un ami et un allié dans le combat qu'il décide de mener, dans la ' jungle ' de Chatou, pour s'affranchir des formules de ses prédécesseurs impressionnistes et tendre vers une peinture d'appropriation du réel et de ' transposition '. Dans la correspondance suivie que Derain entretient avec Vlaminck, lors des trois années difficiles pendant lesquelles, éloigné de tous et de ses pinceaux, il effectua son service militaire, le jeune homme évoque ses doutes dans la quête identitaire qu'il décide de mener. A son retour, en 1904, Derain se réinstalle à Chatou. Une explosion colorée embrase ses toiles. Les paysages de jeunesse à la composition équilibrée entre les différents éléments, ciel, méandre du fleuve, route sinueuse aux coloris tendres, se teintent désormais de couleurs stridentes. Forte personnalité, d'une vitalité intarissable, Derain évoque ces années en 1929 en confiant à Georges Duthuit : ' Les couleurs devenaient des cartouches de dynamite. Elles devaient décharger la lumière. Le grand mérite de cette épreuve fut d'affranchir le tableau de tout contact imitatif et conventionnel '. (2) C'est dans la ville voisine de Bougival que Derain peint ce paysage, vue plongeante sur les bords de Seine et le village en contrebas. Dans cette oeuvre, d'une lecture difficile de prime abord, le peintre initie, dans cette volonté de faire ' quelque chose de neuf ', un découpage chromatique par la lumière qui partage l'espace en deux zones bien distinctes. Le soleil frappe le parapet en pierre sur la gauche et place dans l'ombre tout le premier plan : la pelouse et le chemin, aux obliques accentuées, mènent en une volée de marches au village qui s'éveille sous une chaude lumière. Ces couleurs mates teintées d'ocre envahissent toutes les zones d'ombre et s'opposent nettement au rouge vermillon du feuillage de l'arbre en contrebas et des espaces cultivés sur la rive opposée. De part et d'autre de l'arbre rouge, des toits de maison de couleur terre dans l'ombre et une toiture rouge saumoné en pleine lumière. Cette bi-partition de l'espace s'applique dans le motif de l'arbre dont la base se trouve cachée du soleil alors que sa tête flamboie au soleil. Le point de vue en surplomb élimine presque ici la place laissée au ciel, dont la fine bande bleue semble se confondre avec les eaux du fleuve. Derain multiplie les pans de couleurs et la surimpression de couleurs vives, créant une saturation de l'espace. Cette organisation doit beaucoup à la construction synthétique en aplats colorés des nabis. Comme eux, Derain manie avec dextérité les différents effets dans le traitement de la couleur, de petites touches longues alternant avec de grands aplats de couleurs pures. L'empâtement de blanc, de forme voluptueuse de la fumée d'une cheminée vient rompre les touches fines et géométriques qui délimitent les champs cultivés de la rive opposée. L'écran végétal de couleur noire permet de relier une rive à l'autre. Dans La Rivière (ill.) réalisée l'année suivante, Derain, tout en reprenant les formules adoptées dans Bougival, tend vers une plus grande lisibilité dans la structuration de l'espace par la couleur. Comme Vlaminck, et Cézanne avant lui, Derain se plaît de nouveau à insérer une frise d'arbres. Les arabesques joyeuses des branchages manifestent une volonté décorative et ne sont pas sans rappeler également le travail de Van Gogh que Derain admirait tout particulièrement. Le critique Louis Vauxcelles, à l'issu du Salon des Indépendants de 1905, qualifie Derain ' d'audacieux suiveur de Van Gogh ' . (3) Cette année là, le peintre, présente pour la première fois aux Indépendants, huit toiles dont Bougival (n°1198) et Le Vieil arbre (n°1199, ill.). Vlaminck, qui expose aux côtés de son ami, rapporte le scandale de l'acquisition de certaines de leurs oeuvres. Un collectionneur havrais acquiert Bougival, ainsi que deux autres oeuvres (parmi lesquelles probablement Le Vieil arbre, conservé au Musée National d'Art Moderne de Paris) de Derain, à l'issu du Salon de 1905, et déclare avoir ' choisi aux Indépendants ce qu'il avait considéré comme étant le plus loufoque et le plus laid, et qu'il avait fait ce choix en vue d'un cadeau destiné à son gendre '(4). L'acheteur est Ernest Siegfried, notable et collectionneur qui apprécie les paysagistes du XIXème siècle et ne comprend absolument pas les goûts de son gendre, Olivier Senn, pour les ' impressionnistes ', terme qualifiant à l'époque l'ensemble des peintres d'avant-garde. Les deux autres toiles sont vendues par la suite, mais ni Olivier Senn, ni son fils ne se dessaisissent de cette toile résolument fauve, qui apporte, aujourd'hui, une note extrêmement colorée au sein de la collection. Géraldine Lefebvre. (1) ' Quand les fauves...Quelques souvenirs ', Comoedia, 20 juin 1942. (2) Georges Duthuit, ' Le Fauvisme ', Cahiers d'art, n°VI, 1929. (3) Louis Vauxcelles, ' Salon des Indépendants ', Gil Blas, 23 mars 1905. (4) Vlaminck, Portraits avant décès, Paris, 1943, pp. 74-76.
Localisation
Le Havre ; musée Malraux