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POP | Plateforme ouverte du patrimoineProjet pour un décor de théâtre : la place d'un village
Projet pour un décor de théâtre : la place d'un village

Référence de la notice
08120000130
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
28 juin 2010
Date de mise à jour
23 février 2026
Rédacteur de la notice
Renaux Catherine
Crédits photographiques
© Fonds Musée de Picardie, © Jeanneteau Marc
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
M.P.Lav.1894-128
Domaine
Dénomination
Titre
Projet pour un décor de théâtre : la place d'un village
Précisions sur l'auteur
Boucher : Paris, 1703 ; Paris, 1770
École (pays)
France
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1750 ; 1760
Historique
Ce paysage offre l'occasion d'évoquer un pan singulier de la carrière de François Boucher, celui de réalisateur de décors de théâtre. Plusieurs aspects de cette oeuvre soulignent qu'il ne s'agit pas d'un paysage 'ordinaire' comme Boucher a su en réaliser de nombreux : la perspective quelque peu outrée, le cadrage particulier, ménagent une entrée de part et d'autre vers les coulisses, le vide de la scène, qui attend les acteurs, et jusqu'au petit buisson en bas au centre, propre à dissimuler le trou du souffleur, sont autant d'indices qui permettent de reconnaître ici un projet de décor de théâtre. Boucher nous convie sur la place de quelque hameau rustique : à gauche une villa à l'italienne avec son puits et à droite une auberge parée d'un balcon supporté par deux colonnettes et accostée d'un pigeonnier. Au centre, sous les frondaisons d'un arbre, un fût est dressé sur une estrade aux pieds de laquelle une table, un banc, une chaise et un tonneau attendent de joyeux compères... Une seule note vient troubler l'atmosphère paisible de cette retraite : dans le paysage du fond, dominé par la silhouette d'une puissante citadelle, on aperçoit, à droite, les tours d'une muraille dévorée par les flammes. On a longtemps avancé, sans trop d'hésitation, que ce charmant tableau était une esquisse pour le décor de l'acte II de l'opéra Issé, oeuvre d'André Cardinal Destouches (Paris, 1672 - Paris, 1749), sur un livret d'Antoine Houdar de La Motte (Paris, 1672 - ?, 1731), d'après les Métamorphoses d'Ovide (IV, 124), narrant les ruses d'Apollon qui, désireux de séduire la jeune bergère de Lesbos, Issé, se travestit en berger et animaux divers. L'oeuvre fut en particulier reprise en 1749 à Versailles. Cependant le caractère joyeusement rustique du tableau semble mal convenir à une fable mythologique, pastorale et héroïque. Du reste un projet de décor réalisé par Boucher pour Issé fut exposé au Salon de 1742 (n° 20), mais ses dimensions ne correspondent pas du tout à notre toile. Plus prudent, Alastair Laing, dans le catalogue de l'exposition de 1986-1987, a remis en cause cette hypothèse pour en proposer une bien plus vraisemblable. Notre projet pourrait correspondre à une scène de l'opéra-comique et ballet en un acte, L'Ecole des Amours grivois, oeuvre de Charles-Simon Favart (Paris, 1710 - Belleville, 1792) créée en 1744 au Théâtre de la Foire à Paris (il daterait sans doute, selon A. Laing - communication écrite, 1999 -, d'une reprise des années 1750-1760, plutôt que la première de 1744). L'évocation du décor correspond assez exactement au tableau : 'Le théâtre représente un Hameau Flamand. On voit dans l'éloignement une Ville, dont les Remparts sont détruits par le Canon ; de l'autre côté un Camp, à la tête duquel est une Batterie de Canon. Les Ailes représentent des Maisons de Paysans et des Estaminettes. Le milieu de la scène est occupé par plusieurs Flamands, dont les uns jouent de divers instruments qouq un grand arbre, pendant que les autres, autour de plusieurs tables, boivent, fument, jouent et dansent.' (Favart, 1763, p. 3) C'est à un artiste en pleine maturité, au faîte de son art, que l'on doit cette brillante pochade. A partir de 1735 environ Boucher connaît un succès considérable auquel il fait face par un labeur acharné : les commandes royales se succèdent, il doit réaliser de nombreux cartons de tapisserie pour les manufactures de Beauvais ou des Gobelins, il participe à de grands chantiers à Versailles, il réalise des modèles pour la manufacture de porcelaine de Sèvres et exécute des décor d'opéra... Peintre préféré de la marquise de Pompadour, peintre sollicité par la cour de France comme par certaines cours étrangères, Boucher incarne à lui seul le goût rococo. Cette prééminence sera d'ailleurs consacrée par Louis XV lui-même qui donne à Boucher en 1765 le titre de Premier Peintre du Roi. Notice de Matthieu Pinette
Localisation
Amiens ; musée de Picardie