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POP | Plateforme ouverte du patrimoineTête de vieillard
Tête de vieillard

Référence de la notice
08120000187
Nom de la base
Collections des musées de France (Joconde)
Date de création
28 juin 2010
Date de mise à jour
23 février 2026
Rédacteur de la notice
Renaux Catherine
Crédits photographiques
© Fonds musée de Picardie, © Jeanneteau, Marc
Identification du bien muséal
Numéro d'inventaire
M.P.Lav.1894-144
Domaine
Dénomination
Titre
Tête de vieillard
Précisions sur l'auteur
Fragonard : Grasse, 1732 ; Paris, 1806
École (pays)
France
Contexte de création - contexte historique
Période de création
Millésime de création
1766 ; 1769
Historique
Ce visage d'homme âgé, chauve et barbu, n'est en rien un portrait. Il s'agit plutôt d'une simple tête, prétexte à une recherche picturale et au rendu d'une expression, dans laquelle on a voulu reconnaître parfois l'effigie d'un saint Pierre, hypothèse fort incertaine. On connaît dans l'oeuvre de Fragonard un nombre assez important de ces têtes de vieillards qui semblent se répartir sur un peu moins d'une décennie, entre 1761, date de son retour d'Italie, et jusqu'au début de la période où l'on croit pouvoir situer l'exécution de la fameuse série des Figures de fantaisie (1766-1772). A l'inverse de celles-ci, les vieillards de Fragonard ne forment pas un cycle aussi homogène mais plutôt des expériences ponctuelles, et Pierre Rosenberg distingue le buste du musée Jacquemart-André à Paris, exécuté dans une manière qui évoque Tiepolo (1696 - 1770) et semble proche du séjour vénitien de 1761, et les têtes de Nice (Musée Chéret), Hambourg (Kunsthalle) et Amiens, qu'il situe plutôt à une date voisine de 1766, la série s'achevant avec une ultime figure (Paris, collection particulière) réalisée peu avant 1770. Bien entendu, dans ce magnifique tableau, Fragonard fait preuve à nouveau de son admiration pour Rembrandt (1606 - 1669) et l'on perçoit l'influence de celui-ci à la fois dans le thème, la décision de la touche et le jeu de la lumière. Même si la dimension philosophique du maître d'Amsterdam ne trouve pas ici d'équivalent, car Fragonard veut avant tout faire montre de son extraordinaire aisance picturale, de sa dextérité à manier la brosse, de son bonheur de peindre, il semble cependant que le regard scrutateur de ce vieil homme, à la fois sévère et mélancolique, ne soit pas dénué d'une dimension de réflexion et d'émotion. Ne négligeons pas ici l'attention portée par notre artiste à certains peintres italiens du XVIIe siècle tels Guido Reni (1573 - 1642) ou Guerchin (1591 - 1666). Ce qui frappe dans cette toile c'est son incroyable facture, dont Rosenberg (cat. exp. Paris, New York, 1987-1988, pp. 202, 208) parle si éloquemment à propos de cette série en évoquant 'cette belle pâte maniée avec tant d'assurance, (...) cette vitalité du pinceau qui plie le modèle aux exigences de l'artiste, (...) cette vie donnée à la matière picturale' et il ajoute que ' rarement, l'emprise de la matière picturale sur le sujet a été aussi éclatante'. Et Jean-Pierre Cuzin (1987, p. 134) d'ajouter : 'Ces pochades désinvoltes constituent en fait l'éblouissante synthèse de toute la culture visuelle des peintres de l'époque : dans leurs accoutrements hors du temps, ces personnages aux frontières de la vie gagnent un paradis de la peinture où Bologne, Venise et Amsterdam se réconcilient joyeusement.' Lorsqu'il peint cette toile, Fragonard vient d'être agréé à l'Académie (1765) avec Corésus et Callirhoé (Paris, musée du Louvre), qui a obtenu un immense succès (et où apparaissent justement plusieurs figures de vieillards). Mais l'artiste tourne bien vite le dos à une carrière officielle : il préfère se consacrer à son art, ainsi qu'à une clientèle choisie d'amateurs éclairés. Notice de Matthieu Pinette
Localisation
Amiens ; musée de Picardie