Historique
Cette gravure témoigne du courant abolitionniste et tend à vouloir démontrer avec réalisme le drame de la traite négrière. Elle met en évidence une des conséquences immédiate du commerce des esclaves : l'éclatement de la cellule familiale. Il s'agit d'une version gravée d'un tableau présenté à la Royal Academy de Londres en 1788, oeuvre de George Morland, peintre connu pour ses sujets empreints de sentimentalisme et exaltant les valeurs morales de l'individu. Intitulée Execrable Humain Traffick, cette scène fait écho à la littérature abolitionniste apparue en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis à la fin du XVIIIe siècle. Telle une représentation théâtrale, elle est l'illustration du poème ayant pour titre The Slave Trade, écrit la même année par William Collins et publié à Londres en 1793. Le texte évoque dans un style emphatique, la triste histoire d'un chef africain fait prisonnier en Guinée puis vendu à un capitaine britannique, alors que sa femme et son fils sont eux-mêmes vendus à un autre négrier : Deux capitaines anglais venus dans leur chaloupe, Le marché vite conclu, s'adjugèrent l'enfant Mais l'un d'eux, séduit par les charmes d'Ulkna, Des bras de son époux l'arracha violemment. Son fidèle seigneur, resté ferme et droit, Entre les mains d'un Blanc voyant sa chère Ulkna Qu'on veut lui enlever avec leur fils Tengarr, Ne peut pas étouffer ses tendres sentiments. Des larmes de fureur baignent ses joues d'ébène Et ses gestes traduisent l'émotion de son âme En vain ses yeux ruissellent en demandant sa grâce A des coeurs endurcis dans un trafic infâme Les mains levées vers eux, gémissant, il implore l'Être vil brandissant un gourdin sur sa tête Et ceux qui l'ont saisi, s'ils avaient pris pitié De ses signes muets, l'auraient frappé à mort. Tandis que l'affliction d'Ulkna, celle qu'il aime, Ravive le désir de la brute insatiable, Plein de morgue, il l'emmène et ses larmes sont vaines Ils sont séparés l'homme et la femme admirables. Leur constance, leur peine, aux creux du désespoir Ebranlent les plus durs au moment du départ. Leurs sanglots et leurs cris, franchissent l'air vicié, Iront apitoyer, au loin, quelque étranger.