Description historique
Si la "villa" de Marcilhac apparaît dans les textes avec le testament de saint Didier de Cahors, en 654, la date de fondation du monastère n'est pas connue : au 9e siècle, l'abbaye de Moissac y possède une petite "cella", et au siècle suivant divers actes mentionnent une abbaye Saint-Pierre qui bénéficie des libéralités d'un vicomte de Tulle puis d'un comte de Rouergue (pour les références des sources historiques, on consultera Jean Cabanot, 1993, dont l'étude reste la plus complète). Vers 1030, l'évêque de Cahors donne à Marcilhac l'église de Rocamadour, où un important pèlerinage se développe au siècle suivant, alors que l'abbaye de Tulle en a pris le contrôle qu'elle conservera définitivement. Aucune source ne documente la construction de l'église et de la salle capitulaire, seuls vestiges de l'abbaye romane. Du chevet, on connaît le plan grâce aux fouilles des années 1968-1969 : la similitude avec Conques a conduit à dater le début du chantier au milieu du 11e siècle. Le jalon suivant serait donné par le tympan du portail sud, dont la sculpture est empreinte d'archaïsme mais que sa composition invite à placer vers 1100. Le moment de l'achèvement de l'église, et surtout de ses parties occidentales, est problématique. Si l'on date les chapiteaux du portail occidental du milieu du 11e siècle, il faut supposer un changement de parti survenu lors de la construction des parties hautes que les arcs brisés des tours situeraient au plus tôt dans le 2e quart du 12e siècle (Cabanot, 1993). S'il s'agit au contraire d'oeuvres reprenant tardivement des modèles anciens, alors l'achèvement des parties occidentales pourrait ne pas être antérieur au milieu du 12e siècle ; dans ce cas, les piles cruciformes du porche, fortement désaxées et dépourvues de colonnes engagées, pourraient constituer des vestiges de l'église du 11e siècle. Le style des chapiteaux permet de dater du milieu du 12e siècle la salle capitulaire, dont les travaux se situeraient peu après l'achèvement de l'église abbatiale. Au même moment aurait été commencée la construction des premières galeries du cloître, complétées au 13e siècle, à en juger d'après des chapiteaux déposés qui pourraient en provenir.£Comme bien d'autres monastères du Quercy, Marcilhac est ruiné par la guerre de Cent ans. Dès 1389, les lieux sont dits dévastés et quasiment vides d'habitants, et en 1437, le monastère est trop pauvre pour procéder même aux réparations les plus urgentes. La restauration des bâtiments, réalisée sous les abbatiats de Raymond et Guillaume d'Hébrard, est inachevée en 1515, et en 1569 ou 1570, l'abbaye est saccagée par les huguenots : en 1679, un tiers de l'église est encore en ruines, et "le cloître tout entier et les autres lieux réguliers détruits et inhabitables". Les bâtiments conventuels ayant disparu, seule l'église témoigne des travaux réalisés après la guerre de Cent ans. Trois documents ont été utilisés pour les dater : en 1450, Jeanne d'Hébrard demande à être enterrée dans la chapelle du transept dédiée à la Vierge ; en 1461, l'abbé Guillaume d'Hébrard peut entrer dans l'église et s'agenouiller devant le maître-autel ; en 1515, les moines se plaignent d'être exposés à la chaleur et au froid pendant les offices. L'examen de l'édifice montre que la durée du chantier a été beaucoup plus courte. Le nouveau chevet laisse penser que le projet, très ambitieux, prévoyait une reconstruction complète de l'église, en s'appuyant sur les fondations de l'édifice roman. Mais dès la mise en chantier du transept, on conserve une partie des élévations anciennes, puis, dans la dernière travée de la nef, les quatre piles romanes sur plusieurs mètres de hauteur, juste avant l'arrêt des travaux. Ces économies ne s'accompagnent pas d'un changement de parti, la construction est homogène et le style est celui des environs de 1500 : il faudrait donc attribuer un rôle principal dans la reconstruction de l'église à l'abbé Guillaume d'Hébrard (1461-1493), auquel succèdent ses neveux Guillaume puis Frotard. La seule clef de voûte conservée est armoriée et pourrait indiquer que la chapelle sud du bras sud du transept a été financée par la famille La Roque (Toirac ?), dont deux membres sont successivement cellerier entre 1461 et 1515 (Albe, 1901).£En dépit de travaux effectués au début du 17e siècle, le monastère est en très mauvais état, et de nombreux conflits s'élèvent entre l'abbé et les moines. En 1750, l'abbaye est sécularisée et l'église devient paroissiale. A la Révolution, les bâtiments conventuels sont vendus comme biens nationaux, et il faudra attendre le début du 20e siècle, après le classement au titre des Monuments historiques en 1906, pour que soient engagés les travaux de restauration et de récupération du site.£Des vitraux sont signés L.V. Gesta de Toulouse, ceux du déambulatoire sont signés Henri Fauré, Gaillac du Tarn, et datés de 1879.