Description historique
La destruction de trois collégiales, Saint-Mainboeuf, Saint-Maurille et Saint-Pierre à la Révolution, dès 1791 suite à leurs ventes comme biens nationaux, et le déclassement de leur cimetière, aboutissent à la constitution d'un vaste espace libre, très irrégulier. Cet espace passablement informe et très en pente prend d'abord le nom de place Saint-Maurille, puis du Ralliement (ainsi baptisée du fait des rassemblements civils et militaires).£Les premiers projets de régularisation datent de 1796-1798 : on pense à l'implantation de deux mails et d'un mur de soutènement face à la rue Chaussée-Saint-Pierre pour corriger la pente, ainsi qu'à centrer l'espace par un monument. Le front oriental, sur la partie haute de la place, évolue le premier par la démolition de la collégiale Saint-Mainboeuf, espace vacant introduisant une percée (dit le Marché aux fleurs) : son axialité est affirmée par une nouvelle voie - la rue Saint-Maurille - ouverte en 1797-1798 par l'ingénieur Demarie, sur l'ancien cimetière de l'église éponyme, selon un tracé oblique en contrepoint de la vieille rue Saint-Denis. Le front sud est rectifié plus tardivement, lors de la construction du nouveau théâtre municipal, oeuvre de l'architecte Mathurin Binet, inauguré en 1825 : l'édifice donnera l'alignement pour les demeures voisines, dont subsiste encore un immeuble de rapport (actuel n° 10) construit pour le notaire Médéric Léchalas dans les années 1830. La forte déclivité de la place (plus de 3 m d'est en ouest encore aujourd'hui) est alors atténuée par une terrasse de même niveau que le théâtre, dominant la rue Chaussée-Saint-Pierre (réalisation tardive du mur de soutènement) et liée à celle-ci par un escalier en fer à cheval.£D'autres immeubles sont construits dans ce 2e tiers du 19e siècle, ainsi sur le front nord, celui de l'architecte Joseph Richou pour lui-même vers 1835, en avant de la rue Cordelle (cadastre 1840 H2 540, détruit) , ou celui du tailleur Etienne Falsce au n° 9 de la place, la partie droite datant de 1845, l'extension gauche de 1853 (actuel hôtel de voyageurs Saint-Julien). Définissant un nouvel alignement vers nord-est, un hôtel des postes est également édifié sur ce front en 1853. Nouveau pôle en raison de sa centralité et de la présence du théâtre, la place voit se développer des commerces au rez-de-chaussée de certaines des maisons résidentielles, ou dans les anciennes cours antérieures d'hôtels particuliers. Des photographies du milieu du 19e siècle montrent en effet, notamment sur les côtés ouest et le saillant nord-ouest (qui subsiste jusqu'en 1878) , plusieurs demeures du 18e siècle qui bordaient auparavant les rues, le long des églises disparues : ainsi, le doyenné de Saint-Pierre (à l'emplacement de l'actuel n° 2) , l'hôtel Lemarié de la Crossonnière et des maisons de notables entre les rues de la Roë et Cordelle, ainsi qu'une vaste maison canoniale entre l'ancienne église Saint-Mainboeuf et la rue Saint-Denis (site des Galeries Lafayette).£L'incendie du théâtre en 1865 est à l'origine d'une recomposition générale de la place et des voies adjacentes. Après des hésitations quant à l'emplacement de sa reconstruction, en partie haute de celle-ci, ou plus à l'est encore sur l'ancien marché aux fleurs (bas de la rue d'Alsace, dont la création en 1868 s'accompagne d'une augmentation importante de la place) - il est finalement décidé de le maintenir à son emplacement précédent. Dans tous les cas envisagés, la place est régularisée selon un plan tendant au carré et bordée d'édifices homogènes. C'est le début de l'urbanisation haussmannienne d'Angers, favorisée par l'application en province de la réglementation parisienne d'expropriation. Dans la continuité du nouveau théâtre inauguré en 1871 (architectes Théodore Botrel puis Auguste Magne) , deux grands cafés sont édifiés de part et d'autre en 1872, formant une composition monumentale ordonnancée sur presque tout le grand côté sud : le Grand café de France à droite au n° 6, et le Café Gasnault à gauche au n° 8, construits par l'architecte de la ville Alexandre Aïvas respectivement pour les cafetiers Pierre Boisdon et Armand Gasnault.£Cet ensemble donne l'échelle de la nouvelle place : à l'exception des propriétés Léchalas et Falsce issues de l'ancienne place, mais de construction récente et plus facilement intégrée, les édifices d'habitation - tous des immeubles de rapport - sont reconstruits à une échelle monumentale entre 1870 et 1887, en respectant un modèle général d'élévation.£L'immeuble Panneton, au n° 2, est le premier réalisé, par l'architecte René-Eugène Dussouchay, portant la date 1870 sur un cartouche au bel étage côté rue de la Roë, et sert de référence. L'immeuble qui lui fait face de l'autre côté de la rue de la Roë, 36 rue Lenepveu, est également de R.-E. Dussouchay et date de la même année, réalisé pour Eugénie Frémont.£Puis vient le front nord-est, entre les rues Saint-Maurille et d'Alsace : l'immeuble, 2 rue Saint-Maurille achevé en 1871 par l'architecte Ernest Dainville pour le coiffeur Valentin Gazeau, et l'immeuble 11-13 place du Ralliement - 1 rue d'Alsace, construit en 1872 par l'architecte François Moirin pour le photographe Gaspard Berthault.£Est ensuite réalisé le front nord-ouest entre la rue Lenepveu et la rue Cordelle : l'immeuble, 1 place du Ralliement, pour le coiffeur Henri Ferré en 1878, et l'immeuble à deux unités, 3-5 place du Ralliement, pour l'épicier Jean Dejean (n° 3) et le négociant Etienne Lorin (n° 5) , en 1879.£Le dernier immeuble de rapport édifié sur la place correspond au n° 4, achevé en 1887 par l'architecte Ernest Robin pour Guillaume Léchalas, directeur d'assurances.£La recomposition de la place engendre également la reconstruction de la poste, à une échelle plus monumentale. Elle est l'uvre de l'architecte des postes et télégraphes Jean-Marie Boussard, achevée en 1887 (signature et date portées sur le pilier de droite) et occupe désormais tout l'espace entre les immeubles Falsce et la rue Cordelle.£Par ailleurs, sur le côté sud-est de la place, entre les rues d'Alsace et Saint-Denis, est ouvert en 1881 le Grand Hôtel, uvre de l'architecte François Moirin, pour lui-même en association avec le filateur Louis Renault-Lihoreau, puis le pharmacien Emile Giffard (dossier étudié) ; transformé pour Les Nouvelles Galeries en 1929, cet établissement illustre la typologie naissante des grands hôtels de voyageurs : doté de commerces en rez-de-chaussée et même d'un passage couvert, il confirme la vocation commerciale et économique de la place et son statut de nouveau centre-ville, au détriment de la vieille place des Halles (Louis-Imbach).£Les rez-de-chaussée et la plupart des entresols des immeubles sont impérativement à vocation commerciale et accueillent les plus belles enseignes en cette fin du 19e siècle : alimentation de luxe Pelé au n° 2 (le plus important de l'Ouest de la France en son domaine) , succursale angevine de La Belle Jardinière au n° 4, magasin de modes Audas et Joudon au n° 36 rue Lenepveu, magasin de confection A la Ville d'Elbeuf au n° 5, instruments de musique Metzner-Leblanc et photographie Berthault dans l'immeuble n° 11-13, sans compter les nombreux cafés : une situation favorisée par les percements et régularisation des voies débouchant sur cette place : la circulation y est la plus importante de la ville, augmentée par la création du tramway (implantation de l'aubette en bois des tramways en haut de la place en 1896, où convergent toutes les lignes).£L'aménagement de la surface même de la place (un problème récurrent en raison de sa déclivité) fait, dans ce contexte, l'objet d'un concours après la proposition sans suite d'une fontaine monumentale de la part de l'ingénieur de la ville. Le projet lauréat de l'architecte Adrien Dubos est daté de 1897 : l'aspect le plus original résidait dans une grande mosaïque qui aurait couvert tout l'espace central, rappelant les restes de mosaïques gallo-romaines trouvées lors des fouilles archéologiques de 1878. Mais faute de moyens, il n'est pas réalisé. On se contente de délimiter l'espace au sol en quatre parties par des pavés, à implanter en leur centre quatre candélabres et aux angles quatre vespasiennes et colonnes Morris.£En 1936, un édicule est construit en bas de la place par l'architecte Henri Jamard, à la fois abri pour les usagers des tramways et kiosque à journaux, en remplacement de l'abri du haut de la place qui avait déjà disparu. Dès ces années 1930, la place devient un parking automobile, qui dans le 3e quart du siècle, envahit tout l'espace central. Avec la construction d'un parking souterrain en 1970-1971, la place fait de nouveau l'objet d'un réaménagement complet : l'espace central devient un espace piétonnier, agrémenté d'une fontaine-sculpture monumentale en forme de rose, uvre des sculpteurs Bernard Perrin et André Hogommat (1974).£Vingt ans plus tard, dans le cadre de la rénovation du théâtre, la place est encore transformée : des jeux d'eau remplacent la rose, un abri-terrasse de café est édifié sur la partie haute de la place par l'architecte de la ville Daniel Roussel. Cet agencement est encore amené à disparaître à l'horizon 2010 pour une refonte générale de la place dans le cadre de la réalisation du tramway et de la disparition de la circulation automobile.£Tous les édifices de la place refaite entre 1865 et 1887 sont encore en place, mais plusieurs ont fait l'objet de simplifications dans le décor, voire de rénovations plus drastiques. Les fronts sud (côté théâtre) et ouest sont dans l'ensemble proche de l'état d'origine ; quelques altérations sont observables sur les immeubles des n° 2 et 4, notamment la création d'une grande fenêtre au bel étage du n° 4 ou le ravalement de l'étage-attique du n° 2. Les deux autres fronts ont davantage souffert, simplification du décor pour le front est, ravalement prononcé pour le front nord, à l'exception de la poste (transformée en bureau des finances, puis en brasserie) , extérieurement préservée.