Description historique
L' église paroissiale de Fourquevaux abrite un ensemble d'oeuvres de l'artiste toulousain Jean-Paul Laurens (1838-1921) et de ses deux fils, Paul-Albert (1870-1934) et Jean-Pierre (1875-1933). La présence de ces oeuvres est liée aux liens entretenus par Laurens avec son village natal et à sa propre histoire familiale. Le peintre naît en effet dans le petit village de Fourquevaux et y passe toute son enfance. Il est issu d' une famille modeste dont la maison existe toujours dans le village, à proximité immédiate de l' église paroissiale. Après avoir été formé à l'école des Beaux-Arts de Toulouse, il obtient de nombreuses commandes prestigieuses à Paris dont la décoration du Panthéon (1874-1885). Même si sa carrière s'inscrit définitivement dans la capitale, il reste un enfant du Lauragais. Laurens est un peintre réaliste, il réhabilite le genre de la peinture historique, affichant en particulier ses convictions républicaines et parfois anti-cléricales. Il est l' archétype même de l' artiste officiel de la IIIe République. Il faut aussi situer sa peinture dans le contexte de son époque, Laurens restant enraciné dans sa culture et son histoire, et tournant le dos aux innovations picturales de contemporains comme Renoir ou Monet. Participant aux Salons parisiens et recevant de nombreuses commandes officielles de la part de la IIIe République, il n'oublie cependant pas Toulouse et lorsque l'hôtel de ville du Capitole est rénové, Laurens reçoit une importante commande publique en 1892. C' est la fameuse Croisade contre les Albigeois qu' il fait revivre sur les murs et le plafond de la Salle des Illustres du Capitole. L'église de Fourquevaux comporte plusieurs oeuvres qui scandent les dernières décennies de sa carrière artistique et de sa vie. Les trois tableaux du retable architecturé (IM31000202) ornant le choeur sont signés par Jean-Paul Laurens et ses fils. Si le retable a sans doute été installé en 1909, la toile de l' Ecce Homo (IM31000203), crée dans son atelier d' Yport est l' oeuvre de Jean-Paul Laurens et datée d' août 1891, les deux autres toiles (IM31000204) ont été exécutées par Paul-Albert (tableau de Saint Paul) et Jean-Pierre (tableau de Saint Pierre). Le retable a très vraisemblablement été exécuté sous la direction de Jean-Paul Laurens. Les deux autres oeuvres de Jean-Paul Laurens décorant la chapelle latérale de l' Agonie sont liées au décès de sa femme Madeleine Willemsens en avril 1913. Il réalise d'abord la sculpture en bronze du gisant de sa femme (IM31000259). Cette pratique de la sculpture et du modelage, exceptionnelle chez Laurens, s' explique par le choc émotionnel qu' il ressent alors. Seule la pratique de la sculpture paraît être à même pour lui de traduire le choc de la perte de l' être aimé, disant que la "peinture d' abord ne m' offrit pas une matière assez durable [...] je voulais l' image de bronze [...] De ma douleur est sortie naturellement l' effigie que vous regardez. Elle délivra le trop plein de mes larmes". Ce gisant est encore le moment d' une collaboration artistique avec ses deux fils. Après ce gisant en bronze installé dans l' église en 1914, Laurens devait parachever son oeuvre commémorative en créant pour la chapelle une peinture représentant la Déploration de la Vierge (IM31000208). Il prête également au visage de la Vierge les traits de sa femme ainsi éternellement immortalisés dans son art et dont la mémoire est présente à jamais dans l' église de son village natal.