Description historique
La place Verte est le cœur religieux de la ville. Se trouvait en effet en son centre la collégiale Notre-Dame et s'élève encore à la jonction de la place Verte avec la place Saint-Wasnon, l'église paroissiale.Cependant, faute d'étude historique fondamentale, le récit des origines de la fondation de la collégiale relève en partie de la tradition, qui rapporte l'implantation d'un ermitage au VIIe siècle par un moine irlandais, Wasnon (ou Wasnulphe) ; de ce fait fondateur semble découler l'existence de deux établissements religieux à proximité immédiate l'un de l'autre, l'église paroissiale dédiée à saint Wasnon et une fondation monastique féminine placée sous le vocable de Notre-Dame. Puis apparaît à la fin du IXe ou au début du Xe siècle, en lieu et place du monastère, un collège de chanoines séculiers dont l'église collégiale reprit le vocable du monastère ; cet édifice, reconstruit, remanié, est démoli en 1797. Il était enclos d'un muret dont le pourtour intérieur était bordé d'arbres et renfermait des tombes. Les dignitaires du chapître et certains chanoines résidaient sur la place : le Plan des rues qui composent la ville de Condé, dressé en 1754, permet ainsi de localiser la maison du prévôt (n° 6-8-10 place Verte), celle du doyen (n° 16-18), d'un chanoine (n° 12-14), toutes trois situées sur le côté nord-ouest de la place. La maison portant le n° 27, côté sud-ouest, fut aussi une propriété canoniale avant d'abriter le bailliage au XVIIIe siècle.La présence de l'église paroissiale Saint-Wasnon, dont la fondation serait contemporaine de celle de la fondation monastique préfigurant l'ensemble collégial, renforce le caractère religieux du site. Par ailleurs, la seigneurie "propriétaire" de Condé, dite aussi "de Bailleul", laissa ce nom au château dressé à l'angle sud-ouest de la place. Le corps de logis médiéval (XVe siècle), adjoint d'ailes s'étendant rue de la Cavalerie et rue de la Bibliothèque, conserva jusqu'à la Révolution une fonction résidentielle. La spécificité religieuse de la place se double donc du caractère nobiliaire attaché au château. Certains édifices de la place répondent à des vocations particulières : ainsi, le bâtiment 31, 33, 35 place Verte pourrait être un relais de poste, ou encore un édifice dont les fonctions mixtes (résidence et usages techniques) auraient une histoire liée à l'ensemble canonial de la place sous l'Ancien Régime ou encore au château de Bailleul qui lui fait face rue de la Cavalerie. La maison 15, place Verte, fut léguée en 1696 pour y fonder l'hospice des Petites Veuves, géré sous l'Ancien Régime par le doyen et deux chanoines de la collégiale ; sa reconstruction, pour ce même usage, fut menée en 1841-42. Indépendamment des hôtels canoniaux, l'habitat présent sur la place se distingue, de manière générale, aux XVIIe siècle (maison 21, place Verte), XVIIIe et XIXe siècles (hôtel 4-6 place Verte, 2-4 rue Notre-Dame), par l'ampleur des constructions et leur caractère de notabilité. Dans les années médianes du XIXe siècle, l'alignement des trois hôtels canoniaux situés sur le côté nord-ouest de la place fut régularisé par une reprise des ailes perpendiculaires donnant sur la place et la pose de grilles ou murs clôturant les cours ouvertes vers l'espace public. La destruction de la collégiale pendant les années révolutionnaires, libérant la partie centrale de la place, permit la création au début du XIXe siècle d'un espace de promenade planté d'arbres, ce que montre déjà le plan parcellaire de 1808. Pour en parfaire l'équipement, la ville confia à l'architecte Louis Dutouquet la construction d'un kiosque à musique, en 1881-83, puis lui passa commande d'un projet d'urinoir en 1888. La place ne subit pas d'évolution notable au cours du XXe siècle. Mais des fouilles menées en 1985-87 mirent à jour des vestiges de la collégiale, rendant une réalité tangible à l'édifice à l'origine de la place - et peut-être de la ville.