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Plateforme ouverte du patrimoine

Cité-jardin du Trait

Désignation

Dénomination de l'édifice

Cité ouvrière ; cité jardin

Appellation d'usage

Le Nouveau Trait

Titre courant

Cité-jardin du Trait

Localisation

Localisation

Normandie ; Seine-Maritime (76) ; Le Trait ; du Maréchal Foch (rue) ; Georges Clémenceau (rue) ; Raymond Breteché (rue )

Aire d'étude pour le domaine Inventaire

Vallée de la Basse-Seine

Lieu-dit

Nouveau Trait (Le)

Adresse de l'édifice

Du Maréchal Foch (rue) ; Georges Clémenceau (rue) ; Raymond Breteché (rue )

Références cadastrales

2017 AK, AE, AI, AL

Milieu d'implantation pour le domaine Inventaire

En ville

Nom du cours d'eau traversant ou bordant l'édifice

La Seine

Nom de l'édifice

Chantiers navals du Trait, puis usine de conduites métalliques Coflexip, puis Technip

Références de l'édifice de conservation

IA76003928

Historique

Siècle de la campagne principale de construction

1er quart 20e siècle ; 2e quart 20e siècle ; 3e quart 20e siècle

Année(s) de(s) campagne(s) de construction

1918 ; 1922 ; 1932 ; 1940 ; 1957

Commentaires concernant la datation

Daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques

Commentaires concernant l'attribution de l'édifice

Attribution par source ; attribution par source ; attribution par source ; attribution par source ; attribution par source ; attribution par source

Description historique

En 1916, la société Worms & Cie décide de fonder près du modeste village du Trait (400 habitants) une grande usine de construction navale, les Ateliers et Chantiers de Seine-Maritime. Les ouvriers, attirés par des conditions d’embauche particulièrement intéressantes (promotion à l’arrivée, gratuité des frais de déménagement, salaires plus élevés, primes…), viennent des chantiers de Dunkerque, de Nantes, de Saint-Nazaire, puis à partir de 1929 de l’étranger, Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Italie...Pour accueillir et surtout stabiliser cette main-d’œuvre qualifiée, la société Worms & Cie, sur le conseil de son directeur Georges Majoux, entreprend la construction d’une cité ouvrière conçue à la façon des cités jardins, apparues Outre-Manche, composée de logements confortables dotés de jardin et comprenant toutes les infrastructures indispensables à la vie quotidienne : commerces, équipements de soins, d’assistance, de loisirs et d’instruction... Les premiers terrains sont achetés entre 1916 et 1918. Georges Majoux reçoit de la société industrielle de Rouen, devant laquelle il expose son projet en 1919, un appui important et des conseils éclairés. Ainsi acquiert-il la conviction que pour que la politique du logement dans la cité-jardin projetée fonctionne vraiment « le loyer doit être payé par l’ouvrier » et que pour ce faire « l’ouvrier doit gagner suffisamment pour payer son logement ». Les salaires aux ACSM, seront donc supérieurs à la moyenne.Cependant dans ce système, Georges Majoux n’imagine pas que la société Worms se charge elle-même de la construction de la cité, mais envisage de confier cela à un intermédiaire afin d’éviter les conflits avec ses employés. La société civile et immobilière du Trait est donc créée dans ce but en 1919 comme filiale de la société Worms & Cie avec un capital de 2,5 MF. Dirigée par M. Mongin, elle est chargée de la construction des logements de la cité jardin, de leur attribution, du taux des loyers. Elle doit aussi assurer la gestion, l’entretien et la surveillance du parc immobilier, la fourniture en gaz, eau, électricité, la perception des loyers… Bref, elle sert d’interface, sur ces sujets, entre la société Worms et ses ouvriers, mission dont elle aura la charge jusqu’en 1954.La conception de la cité du Trait est confiée à l'architecte parisien Gustave Majou, déjà chargé du suivi technique de la construction des ateliers des chantiers navals, le contrôle administratif des travaux étant assuré par la société immobilière. Ce dernier a déjà de l’expérience en matière de logement social puisqu’il a collaboré de 1905 à 1914 avec la fondation Rothschild fondée en 1904 dans laquelle interviennent également Jules Siegfried, Georges Picot et Emile Cheysson, tous trois promoteurs de l’habitat social et des habitations à bon marché. Gustave Majou s’inspire étroitement des préconisations d’Emile Cheysson publiées en 1905 dans un opuscule intitulé Le confort du logement populaire, à savoir : « ces logements ne peuvent être agréables et biens tenus que s’il on assure l’abondante circulation de l’air et de la lumière, l’adduction des eaux propres, l’évacuation des eaux usées, des ordures ménagères, le lavage et le séchage du linge, l’éclairage et le chauffage, enfin des aménagements commodes pour le rangement et pour l’ordre : autant de conditions dont chacune exerce une influence décisive sur la bonne tenue du logement et le bien-être du ménage ouvrier ». Principes que reprend Henri Nitot, directeur des chantiers du Trait de 1921 à 1960, dans sa thèse de doctorat sur le mouvement des cités jardins en France, publiée en 1924, et dans laquelle celle du Trait qu’il connait tout particulièrement fait l’objet d’une monographie. Ainsi selon lui : « Ce qu’il y a surtout d’essentiel, c’est que l’habitation soit toujours spacieuse et d’un cube d’air suffisant. Et il est éminemment recommandable de mettre à disposition d’une famille ouvrière au moins quatre pièces… », en précisant que « Ces exigences sont scrupuleusement réalisées dans les maisons de la cité-jardin du Trait qui comprennent au moins une salle commune, une chambre à coucher pour les parents, un dortoir pour les garçons, un dortoir pour les filles… ». Son intérêt pour le sujet l’amène à prendre des fonctions dans des institutions locales ou d’envergure nationale spécialisées dans le logement ouvrier, telles que la fédération de la Seine-Inférieure de la ligue du coin de terre et du foyer, l’association des cités jardins de France, la fédération des jardins ouvriers de la Seine-Inférieure, ou encore la société d’Habitations à Bon Marché de la Seine-Inférieure. Gustave Majou signe donc les plans d’urbanisme mais aussi les plans types des logements et des édifices publics de la cité du Trait. Interviennent également ponctuellement : Pierre Chirol et Georges Peulevey, architectes de la SHBM de la Seine-Inférieure qui signeront dans les années 1930 la cité-jardin de la Petite Campagne à Port-Jérôme, Pierre Lefebvre (architecte rouennais), Jean Paul et Jacques Chauliat (architectes parisiens et fils d’Eugène Chauliat), puis dans les années 1950 Otello Zavaroni qui est également l'architecte en chef de la reconstruction de Caudebec-en-Caux, Yvetot, Barentin et Duclair.La première tranche, réalisée entre 1918 et 1922, entraine la viabilisation des terrains situés en fond de vallée à étroite proximité du site industriel, correspondant à la cité Saint-Eloi, un lotissement de 238 habitations et au quartier du Petit Nantes qui compte une vingtaine de petites maisons mitoyennes.La seconde tranche, réalisée entre 1922 et 1929, correspond à la cité de Neuville, un lotissement de 162 habitations (des maisons jumelées essentiellement) qui se déploie sur les rues Clemenceau (route départementale), Sane, Descartes et Auguste Rateau. Elle porte également sur le petit lotissement du Parc des Roses édifié en 1927 entre les rues Clemenceau et Descartes, dans le prolongement de celui de la Neuville, où sont édifiés 30 logements répartis en 5 ensembles de 6 maisons mitoyennes.L’année 1929 marque aussi l’arrivée d’ouvriers d'Europe de l'Est (Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie...) pour faire face au manque de main d’œuvre et relancer l'activité des chantiers navals. Un nouveau lotissement d’une trentaine de maisons, baptisé le village Polonais, est créé entre la cité Saint-Éloi et la cité de la Neuville. Le coût de construction s’élève entre 14 000 et 17 000 F par maison, autour de 45 000 F par villa, non compris le prix d’achat du terrain, les frais de voierie et des réseaux (eau, égout, gaz, électricité). Les travaux sont réalisés par des entreprises locales, certaines telles que la société normande de distribution d’eau, de gaz et d’électricité sont créées par la Maison Worms et Cie.A partir de 1926, la cité est dotée de tous les équipements publics et infrastructures de commerce, de soins, d’assistance, de loisirs et d’instruction que peut offrir une ville moderne : un groupe scolaire, une école ménagère, une infirmerie-dispensaire, une maison médicale servant de lieu de consultation et de vie du médecin, une mairie, une gare, des commerces de base (dont une pharmacie), un hôtel pour les ouvriers célibataires, un cinéma, une ferme modèle, une chapelle, un presbytère, un jardin public avec son kiosque, un cercle d’études, une bibliothèque, une société coopérative d’alimentation, un marché hebdomadaire (inauguré le 4 janvier 1923), une société de secours mutuel (fondée en décembre 1919), une salle des fêtes, un stade, des clubs de musique et de sport… C’est dire qu’au-delà du travail et du logement, les employés des chantiers du Trait sont pris en charge pour tous leurs besoins quotidiens.Entre 1930 et 1935, 49 logements sont construits sous le régime de la loi Loucheur (13 juillet 1928) d’aide à l’accession à la propriété. Au Trait, une section de crédit est créée la même année au sein de l’organisme de secours mutuels « La Fraternelle » afin de gérer et faciliter les prêts immobiliers. Le taux d’emprunt relativement bas (autour de 2.25%) et le crédit étendu sur 25 ans permet d’attirer les classes populaires. Néanmoins les ouvriers ne sont pas les seuls bénéficiaires de ces avantages, des cadres et des ingénieurs des chantiers navals profitent de la loi Loucheur pour bâtir leurs villas. Le 16 mars 1930 Hypolite Worms déclare lors du discours de lancement du cargo Charles-Schiaffino : « Je reconnais que les temps s'améliorent, puisque depuis la dernière loi Loucheur, notre personnel peut maintenant bénéficier des avances de l'État à un faible taux d'intérêt pour faire construire les maisons dont il deviendra propriétaire : notre Société de secours mutuels a, naturellement, constitué une section de crédit immobilier pour assurer le fonctionnement de la loi et nous prendrons d'ailleurs, à notre charge, une partie des annuités que les titulaires de contrats de prêt auront à verser. Quatorze familles se proposent ainsi, dès cette année, de bénéficier des avantages de la loi Loucheur pour se fixer au Trait, nous témoignant, malgré la crise qu'elles n'ignorent point, une confiance qui nous touche profondément ».Une nouvelle tranche de construction effectuée entre 1931 et 1947, porte sur la réalisation de 300 maisons. Un petit lotissement d’une vingtaine de maisons est réalisé autour du rond-point Colbert et un grand lotissement concerté d'Habitations à Bon Marché, de 70 logements est édifié au lieu-dit Le Val des Noyers en extension du lotissement de la Neuville.A l’issue de l’opération, la cité du Trait totalise 538 maisons toutes dotées de jardins d’agrément et de potagers, près de 40 villas implantées dans de véritables parcs arborés et 22 bâtiments d’intérêts collectif. Comptant parmi les premiers exemples de cités jardins en France, le Nouveau Trait offre également l’exemple de la « company town », selon le modèle, fort répandu en Amérique du Nord, de ville fondée par une entreprise, lui appartenant en totalité, et entièrement gérée par elle. Après la Seconde Guerre mondiale, la relance de l’activité et l’accroissement de l’effectif des chantiers avec l’arrivée de nouveaux ouvriers étrangers nécessitent la construction de nouveaux logements. Ainsi, alors que la ville du Trait compte 6 200 habitants en 1956, une trentaine de maisons individuelles est édifiée en 1957 et une quarantaine en 1960-61, le long des rues du Chevalier Borda, du Commandant Bouan, Gay Lusac, Edouard Branly, Lavoisier… implantées au sud, sur les hauteurs du coteau. Mais le modèle de la cité-jardin est abandonné pour des lotissements pavillonnaires ordinaires et de l’habitat collectif tel que les petits immeubles puis les barres de type HLM (totalisant près de 250 appartements) qui constituent la cité Archimède.La cité-jardin du Nouveau Trait est labélisée « Patrimoine du XXe siècle » en 2001.

Description

Commentaire descriptif de l'édifice

L’organisation de la cité est contrainte par la topographie du site. Coincée entre le fleuve et la falaise, elle adopte un plan linéaire qui s’étend sur plus de 5 km. L’absence de centre-ville en raison de l’éparpillement des équipements publics, le long de la route nationale notamment, accentue le caractère de ville-rue du Trait… un nom qui lui va à merveille. L’organisation des quartiers reproduit la hiérarchie interne à l’entreprise en tirant partie de la topographie du terrain. Les ouvriers occupent de petites maisons le plus souvent jumelées construites en contrebas le long de la route nationale. Les contremaîtres et les chefs d’équipe sont logés dans des pavillons individuels s'élevant entre la route nationale et la voie ferrée, pour les premiers, et implantés à proximité de la mairie, pour les seconds. Les cadres, enfin, habitent des villas perchées sur les premiers contreforts de la falaise et dominent symboliquement toute la vallée. Ainsi, comme l’écrit Nitot : « les rues sont toutes d’un accès facile et les maisons ne s’obstruent point la vue les unes des autres… ».Afin de conférer à chacun des lotissements de la cité un caractère singulier, près de 20 types de maisons (identifiées par une lettre) et de villas (identifiées par un numéro) sont réalisés. Presque toutes déclinent le style régionaliste, néo-normand, en arborant notamment du faux pan de bois, plus ou moins élaboré en façade. Dans les lotissements tels que la Petite Nantes ou le village polonais, le style néo-normand laisse place à d’autres références régionales. Le soin esthétique apporté à l’architecture des maisons est un principe majeur dans la conception de la cité dans la mesure où il contribue à son attractivité. Aussi l’incitation à l’embellissement de la ville, par des concours sur la décoration et le fleurissement des maisons, est un phénomène récurrent au Trait. Un jardinier expérimenté, employé par la société immobilière, est chargé de veiller à la qualité des jardins publics et privés, de sorte que la cité conserve « un aspect gai et hospitalier ». Un concours de jardins fleuris est organisé chaque année.

Protection et label

Intérêt de l'édifice

À signaler

Références documentaires

Date de l'enquête ou du dernier récolement

2006

Date de rédaction de la notice

2009 ; 2021

Noms des rédacteurs de la notice et du dossier

Real Emmanuelle ; Pottier Gaëlle

Typologie du dossier

Sous-dossier avec sous-dossier

Adresse du dossier Inventaire

Région Normandie – Service Inventaire du patrimoine

1/10
Vue aérienne.- Photographie, 2000 (IGN).
Vue aérienne.- Photographie, 2000 (IGN).
(c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) IGN
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Vue aérienne de la cité-jardin et du site de l'ancien chantier naval.- Photographie, cliché JF Drone & Caux, 2017 (PNRBSN).
Vue aérienne de la cité-jardin et du site de l'ancien chantier naval.- Photographie, cliché JF Drone & Caux, 2017 (PNRBSN).
(c) Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande
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Vue aérienne par drone.- Photographie, cliché JF Drone & Caux, 2017 (PNRBSN).
Vue aérienne par drone.- Photographie, cliché JF Drone & Caux, 2017 (PNRBSN).
(c) Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande ; (c) Région Normandie - Inventaire général
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La cité de la Neuville.- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.).
La cité de la Neuville.- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.).
(c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Collection particulière
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Un groupe de villas.- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.).
Un groupe de villas.- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.).
(c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Collection particulière
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[Le village polonais, maisons rue du Commandant Guillebaud].- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.). ; Maisons, rue du Commandant Guilbaud.- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.).
[Le village polonais, maisons rue du Commandant Guillebaud].- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.). ; Maisons, rue du Commandant Guilbaud.- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.).
(c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Collection particulière
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Le jardin du Cercle nautique.- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.).
Le jardin du Cercle nautique.- Carte postale, vers 1930 (Coll. part.).
(c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Collection particulière
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Plan d'ensemble.- Plan, 1939, archives de la société immobilière du Trait (PNRBSN)
Plan d'ensemble.- Plan, 1939, archives de la société immobilière du Trait (PNRBSN)
(c) Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande ; (c) Région Normandie - Inventaire général
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Vue générale - Nouveau Village.- Carte postale, vers 1925 (Coll. part.).
Vue générale - Nouveau Village.- Carte postale, vers 1925 (Coll. part.).
(c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Collection particulière
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La cité-jardin du Trait créée à partir de 1918 pour loger le personnel des Ateliers et Chantiers de Seine-Maritime.- Photographie, vers 1950 (CCI Rouen). ; Vue aérienne depuis l'Ouest.- Photographie, vers 1950 (CCI Rouen).
La cité-jardin du Trait créée à partir de 1918 pour loger le personnel des Ateliers et Chantiers de Seine-Maritime.- Photographie, vers 1950 (CCI Rouen). ; Vue aérienne depuis l'Ouest.- Photographie, vers 1950 (CCI Rouen).
(c) Région Normandie - Inventaire général ; (c) Chambre de Commerce et d'Industrie Rouen Métropole
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