Description historique
L'église Saint-Pierre doit son origine à la fondation d'un couvent de moines bénédictins vers 1022 par le duc Sanche de Gascogne. Ce dernier aurait bénéficié d'une guérison miraculeuse après avoir rendu visite à un ermite retiré en un lieu nommé Générès ou Geyrès. L'endroit dépend alors de la paroisse Saint-Hilaire de Lassun (aujourd'hui Montaut dans les Pyrénées Atlantiques) et fait partie du Béarn et de l'évêché de Lescar. Les premiers moines seraient venus avec leur abbé, Arsius, de l'abbaye bigourdane de Saint-Sever-de-Rustan.£Vers 1080 l'évêque de Lescar abandonne le territoire de l'abbaye, situé en Béarn, qui est rattaché à Bigorre et au diocèse de Tarbes.£L'abbatiale est consacrée à saint Pierre et saint Paul en 1096, ce qui indique qu'à cette époque le chœur au moins est terminé. Le plan de l'édifice actuel - très proche de ceux de Lescar ou Jaca en Espagne - pourrait remonter à cette époque. Il présente une église à trois nefs de six travées se terminant par deux absidioles. La présence d'une abside centrale n'est pas formellement avérée. Un portail existe au bas du collatéral sud. Une partie des absidioles subsistantes pourrait remonter à cette période de la fin du 11e siècle. Un petit tympan remployé au-dessus de la porte du clocher actuel remonterait à cette période ; il serait le vestige d'un grand portail (occidental?).£L'édifice semble avoir été en chantier de façon quasi permanente au moins jusqu'à la fin du 12e siècle avec des reprises d'arcs et un prolongement vers l'ouest. L'étude du bâti montre un exhaussement de la travée abritant le portail, probablement dans le but d'édifier un clocher. De cette période date aussi toute la partie ouest de l'église aujourd'hui en partie détruite. Elle se compose à l'origine d'une travée carrée prolongeant la nef et supportant un grand clocher lanterne, le Dôme. Deux collatéraux la complètent au nord et au sud, ainsi que deux travées occidentales. Cette partie de l'église serait alors dévolue aux moines. Entre la fin du 12e siècle et le début du 13e siècle un grand portail est aménagé à l'extrémité orientale de la nef. L'édifice mesure alors près de 75 mètres de longueur.£Le 13e siècle est marqué pour le monastère par des luttes internes entre religieux lors de la nomination de l'abbé. Certains revenus sont accaparés par des seigneurs locaux. En 1281, l'attribution aux religieux de droits sur la forêt de Trescroutz, est la dernière dotation d'importance dont bénéficient les bénédictins.£Au 14e siècle l'abbaye est le cadre d'évènements violents : attaques de routiers anglais, occupation des lieux par les hommes du sénéchal de Bigorre... La perception des revenus est difficile d'autant que l'abbé doit céder la moitié de ses droits au roi. La curie pontificale réclame aussi le versement de sommes importantes en échange du droit d'exemption. Ces différents épisodes influent vraisemblablement sur l'entretien des bâtiments et de l'abbatiale.£En 1569 des troupes protestantes venues du proche Béarn attaquent et pillent le monastère. Le mobilier, livres, reliquaires ainsi que les charpentes de l'église sont livrés aux flammes et les cloches du Dôme emportées. Quelques années plus tard l'abbatiale fait l'objet de restaurations et pourvue d'éléments défensifs par les moines associés aux habitants.£En 1628 une partie des voûtes de la nef s'effondre. De ce fait, toute la partie orientale, à ciel ouvert, est délaissée et va devenir un cimetière. Une "nouvelle" église est aménagée, comprenant les trois dernières travées de la nef et le chœur des moines situé sous le Dôme. Un mur nord-sud avec chevet à trois pans et une absidiole l'isole des zones ruinées. Dans ce nouvel espace les bénédictins s'octroient les deux tiers de la place, laissant seulement le bas-côté sud aux habitants. Cette cohabitation sera la source d'affrontements entre les deux communautés jusqu'à la Révolution.£En 1659, Dom Robert Plouvier, moine architecte, se rend à Saint-Pé afin d'étudier la restauration des lieux réguliers. L'abbé souhaite en effet affilier le monastère aux bénédictins de Saint-Maur. Les quelques religieux présents sur place acceptent difficilement cette décision qui ne sera effective qu'en 1666. Entre temps, en 1660, un tremblement de terre ébranle le Dôme ainsi que toute la partie ouest, déjà fragilisée et peu entretenue. Un an plus tard, le clocher s'effondre sur une grande partie de l'église. Seul le collatéral sud est partiellement épargné. Moines et habitants vont s'y installer tant bien que mal en le fermant au nord à l'aide de palissades de bois. En 1665 le clocher actuel est édifié.£A partir de 1676 et jusqu'en 1681 les mauristes relèvent l'église pour lui donner sa disposition actuelle. A l'est une grande abside est aménagée entre les absidioles à la place du grand portail roman. Les collatéraux sont pourvus de voûtes implantées plus bas que celles d'origine et la nef recouverte par une fausse voûte en bois. Un nouveau chœur monastique pourvu de stalles est installé dans les deux premières travées de la nef en avant de l'abside et le mobilier est renouvelé. Les religieux occupent toute la partie centrale de l'église, la population devant se contenter du bas-côté sud. Dans le collatéral nord on trouve les autels des confréries locales. Entre 1690 et 1720 les moines construisent une sacristie au nord-est, entre l'abside et le monastère. Auparavant ils partagent avec le curé une autre sacristie, plus petite, élevée au sud, qui est tombée en ruine au cours du 19e siècle puis abandonnée.£En 1791 les moines quittent Sain-Pé. Aussitôt la population décide de déplacer une partie des stalles dans le chœur afin d'ouvrir la nef pour les cérémonies religieuses de la paroisse. A part quelques éléments de mobilier : chandeliers, orfèvrerie, vêtements liturgiques, enlevés par les autorités révolutionnaires ou volés, la plus grande partie des objets et meubles sont conservés. Durant quelques mois, en 1794, le bas-côté sud abrite une forge. A la même époque, la statue de Vierge à l'Enfant dite Notre-Dame de Saint-Pé, aurait été mutilée.£Durant le 19e siècle des aménagements intérieurs ont lieu. Dans les années 1812, le pavement est en partie refait puis les murs blanchis. Le mobilier est enrichi par la mise en place de tableaux du peintre palois Jean-Baptiste Butay. L'ancienne sacristie de la paroisse, établie contre le collatéral sud, est délaissée au profit de la sacristie des moines, jouxtant l'abside ; elle est en ruine vers 1830. En 1838-1839 nef est chœur sont peints par un italien : Marian Garbarino. Quelques années plus tard, le sanctuaire est réaménagé avec l'avancement de l'autel et la construction d'un baldaquin.£En 1850 c'est un autre Italien, résidant à Vic-en-Bigorre, Félix Manzani, qui entreprend la réalisation de décors peints, puis l'entrepreneur Darré (chœur, absides et absidioles). Des verrières historiées sont mises en place en 1858-1859 (atelier Goussard de Condom) en lien avec des achats et une re-disposition du mobilier (Darré peintre et Abadie, doreur).£Dans les années 1898 de gros travaux sont entrepris au niveau des couvertures de l'église. Un clocheton placé à la verticale du sanctuaire est refait. Des devis sont établis pour une restauration du clocher dont les murs présentent des désordres importants.£En 1903 une partie de l'église, correspondant aux vestiges romans encore en élévation à l'ouest, est classée Monument Historique au titre des immeubles. En 1923 des travaux importants de consolidation sont menés au niveau du clocher : reprise des maçonneries, ouverture de baies murées et réfection complète des charpentes et de la couverture.£Durant les années 1950-1960 les abords de l'église sont dégagés par la destruction de maisons particulières à l'est et de bâtiments de l'institution Saint-Pierre à l'ouest. Cette dernière opération, réalisée en 1969, conduit à la mise au jour des bases de l'ancien chœur monastique.£Vers la même époque, plusieurs grands lustres à pampilles suspendus dans la nef sont vendus et une chaufferie surmontée d'une tribune sont aménagées. En 1977 le classement Monument Historique est étendu à l'ensemble de l'édifice.£Durant les années 1980-1990 l'église bénéficie d'une importante campagne de restauration sous la direction de l'architecte Bernard Voinchet : réfection de la toiture de la nef (entreprise Beaucoueste, 1980), puis de sa fausse voûte et des peintures du chœur (entreprise S.N.T.G. , d'Agen, 1981). A l'occasion de ces travaux, le clocheton surmontant le chœur est supprimé (1980). L'intervention sur la voûte de l'abside supprime le décor datant du 19e siècle de fond bleu semé d'étoiles dorées. A cette occasion, une peinture représentant la colombe du Saint Esprit entourée de rayons et de faux marbres - œuvre du peintre Garbarino - est retrouvée et restaurée par l’atelier Eczet. Une seconde tranche de travaux, à partir de 1983, comprend la consolidation des maçonneries et des voûtes puis la réfection du décor intérieur et la restauration d'éléments mobiliers.£En 2002 six chandeliers d'autel sont volés.£En 2011 une dernière campagne de travaux concerne la structure et les maçonneries de l'absidiole sud.